Aladdin 2019
Disney

Le superviseur des effets visuels Chas Jarrett nous explique les nombreux défis du remake en live action d’Aladdin, disponible en DVD, Blu-ray et VOD.

Aladdin avec Will Smith est disponible dès maintenant en DVD, Blu-ray et vidéo à la demande : cette adaptation en live action du classique Disney de 1992 est le sixième plus gros succès mondial de l’année, et le plus gros carton de la carrière de l’acteur de Bad Boys et Men in Black. Chas Jarrett, superviseur des effets visuels du film, complice de Guy Ritchie (il a bossé avec lui sur les deux Sherlock Holmes) et vétéran des SFX (à son CV, les deux premiers Harry Potter, Speed Racer ou encore Logan), nous parle du cahier des charges d’un film qui oscille entre magie et réalisme.

Quelle était la relation de Guy Ritchie envers les effets numériques ?
Guy Ritchie ne va pas naturellement vers les effets spéciaux en numérique ou les fonds verts. Il préfère toujours tourner "en dur". Il veut des costumes et pas de la motion capture. Le gros problème à résoudre était de laisser Will faire son truc. Il y avait des moments très « chorégraphiés », très précis, et d’autres totalement libres où il pouvait improviser. Le truc était donc de trouver la façon de faire l’un et l’autre en termes d’effets numériques… Mais Guy était hyper excité à l’idée de tester ces outils numériques.

La différence entre l’animation et le live action, c’est les niveaux de réalité : en animation tout est au même niveau, en live action les effets se remarquent… Avez-vous cherché à faire des effets visibles ou à ce que tout soit sur le même niveau de réalité 
Bonne question. C’était le premier problème à résoudre. Nous voulions vraiment que le film soit le plus "réaliste" possible, vraiment « grounded » dans son environnement. D’abord, nous avons créé un univers moyen-oriental plausible, qui puisse réellement exister, dans lequel des gens vivent. L’architecture était inspirée de vrais bâtiments. Ensuite il y a le problème des personnages. Abu et Iago, par exemple. Dans le dessin animé, ils sont hyper expressifs, presque humains, en fait. Guy a été clair dès le départ : dans notre version, il fallait qu’ils aient l’air de vrais animaux. Qu’ils se comportent comme tels. Mais on ne pouvait pas utiliser de vrais animaux. Si vous utilisez des animaux dressés, vous leur faites faire des trucs, vous les filmez mais ce n’est pas ce que vous voulez, vous êtes dépendants de leur bon vouloir. Ici, on pouvait leur faire faire ce qu’on voulait mais en restant réaliste : tout ce que fait Abu, un vrai singe pourrait le faire. Nos premiers essais d’animation avec Abu étaient très "humains", il faisait des choses qu’Aladdin pouvait faire. Guy a dit tout de suite "non". Le tapis est différent, mais bon, c’est un tapis volant, il est forcément magique. (rires)

En parlant de ça, comment avez-vous créé le Génie ?
Oui, sa nature est foncièrement magique aussi. Il est hors de ce monde. Il change de forme. C’était difficile. Au début, nos premiers essais restaient très proches de l’original animé. Mais quand Will Smith a été engagé, on a complètement changé nos plans. On a ramené notre Génie dans le cadre d’une performance humaine. On savait que notre travail allait forcément être comparé à celui de 1992. Mais personne ne voulait cela -personne ne pourrait reproduire ce personnage, tout le monde l’adore, qui voudrait le copier ? Il fallait qu’on soit plus naturaliste, moins cartoon, très proche du physique de Will. Le génie est né de ces deux raisons : on voulait s’éloigner de l’original de 1992, et on devait intégrer le personnage avec les traits de Will dans notre monde "réaliste". Ce qu’il y a de génial avec Will, entre autres, ce sont ses petits mouvements de main et d’épaule, très reconnaissables. On les a utilisés pour le Génie en numérique. Mais le but était vraiment de faire croire que le Génie était physiquement présent, en chair et en os. Pas de transparence, pas d’aura, il devait être là. Il devait avoir une peau. S’il était trop cartoon, ça devenait trop étrange, le personnage mettait mal à l’aise.

Sentiez-vous que étiez dans une tradition visuelle de Disney ou, au contraire, que vous en sortiez complètement ?
On a essayé d’être le plus respectueux possibles. On tournait un film avec des personnages déjà adorés depuis 27 ans. On n’a pas essayé de réinventer quoi que ce soit. Il fallait trouver un équilibre entre le respect de l’œuvre originale et nos propres idées. Guy était garant du respect de l’œuvre. Il y avait des "passages obligés" comme la chanson Je suis ton meilleur ami, avec beaucoup, beaucoup d’effets visuels et de préparation, et d’autres moments plus libres, disons. Mais nous étions dans la méthode Disney de storytelling, disons. Nous ne pouvions pas beaucoup dévier. Mais il y a de nouveaux personnages, et de nouvelles chansons…

Vous avez travaillé sur les deux premiers Sherlock Holmes de Guy Ritchie. Le troisième est en préparation, mais sous la direction de Dexter Fletcher (Bohemian Rhapsody, Rocketman). Vous allez rempiler ?
Désolé, mais je ne peux pas en parler. C’était hyper fun de bosser là-dessus, mais… non, vraiment, je ne peux rien dire.