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Ol Blue Eyes n’était pas qu’un chanteur qui révolutionna la musique du XXème siècle. C’était aussi une movie star. Alors qu’on célèbre le centenaire de sa naissance, voilà the very best of Sinatra.

Son meilleur rôle : Le Detective 

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Il faut attendre la triplette de polars signée Gordon Douglas pour que le swingueur à la voix de velours cesse d'être un cabot mondain et trouve sa meilleure forme - et ce qui reste ses meilleurs rôles au ciné. Il est Tony Rome dans Tony Rome est dangereux et la Femme en ciment, privé de Miami dur à cuire, un flic post-Harry super, mais un peu trop vieux pour ces conneries. Mais dans Le Detective tourné un an plus tard, il est suprême. Il joue Joe Leland, un officier de police new-yorkais libéral qui n’a aucun problème avec les gays, les blacks ou les latinos. Laid back, le crooner cramé loin de ses rôles de séducteur joue un type usé qui gère la faillite de son mariage mais reste humain. Lyrisme distant, délicatesse solitaire, Leland est le pincement de coeur au coeur d'une ville déjantée, malade et corrompue… Sinatra grande classe.
 
Son meilleur film : Comme un torrent 

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Un petit coup d’œil à sa filmo permet de constater que Sinatra a enquillé quelques chefs d’œuvres maousses. Des officiels (L’Homme aux bras d’or, Tant qu’il y aura des hommes), des officieux (L’Express du Colonel Von Ryan) et puis des oubliés. Comme ce Minelli, un peu trop sous-estimé - c’est une pure merveille. Un de ces films qu'on peut voir et revoir indéfiniment sans en épuiser la beauté ou la complexité. Dean Martin dans son plus beau personnage enfumé. Et puis surtout le couple pathétique formé par un écrivain raté (Frank Sinatra, génial) et une idiote amoureuse (Shirley MacLaine dans le rôle de sa vie). Tout se terminera dans l'incandescence baroque d'une fête foraine, summum dérisoire des amours et des haines d'une petite ville mesquine. Comme un torrent est une tragédie transcendée par la violence des désirs. Un ballet d'amour chorégraphié en mouvements plus grands que nature, dans lequel les répliques fusent comme des chansons tristes.
 
La meilleure chanson de Sinatra à l'écran : Well, Did You Evah dans Haute Société 

Aucun fan de Jazz Cool ne peut résister aux sirènes de cette comédie musicale qui rassemble Louis Armstrong, Bing Crosby, Grace Kelly et le boss himself. Ses versions de “Your Sensational”, “Mind If I Make Love To You”, son duo avec Celeste Holm sur “Who Wants To Be A Millionaire” ne sont surpassés que par le classique avec Crosby “Well, Did You Evah!”. Là, à ce moment précis, Sinatra explose le roi de la balade - son modèle - et s’impose définitivement comme le Chairman of the board.
 
La meilleure utilisation d’un tube de Sinatra : It was a very good year 

On aurait pu mettre It had to be you dans Quand Harry rencontre Sally ou un spotting de Scorsese qui s’y entend en utilisation de standard. Mais l’ouverture de la saison 2 des Soprano sur It was a very good year est ultime. La musique (le thème, les paroles) fonctionne comme un lamento méditatif. C’est un hommage aux femmes (celles qu’on a aimées et celle qu’on veut avoir, celles qu’on n’a plus), un écho somptueux à ce qui constitue le cœur du show (le temps qui passe et la mortalité) et une métaphore. Dans cette ouverture, les gens semblent regarder leur destin, leur chemin (les yeux dans le vague de Livia, le regard fixe de Carmela qui apporte à manger, et Tony qui se regarde dans le miroir). Ce standard génial appuie un peu plus sur la solitude de ces héros au moment d’aborder un tournant. Impossible aussi de ne pas y voir un commentaire méta sur le succès de la saison 1 (qui avait été "une très bonne année"). Waouh.
 
Le meilleur film du Rat Pack : L’inconnu de Las Vegas

Le Rat Pack c’est cette bande qui gravitait autour de la superstar au milieu des 60’s. Sammy Davis Jr., Dean Martin, Peter Lawford… incarnaient la quintessence du cool dans la capitale du vice. Entre concerts vegassiens, parties orgiaques, le groupe se retrouvait aussi dans des films plus que dispensables. Entre un pastiche de Robin des bois et un western faiblard, on trouve quand même L’inconnu de Las Vegas (en vo Ocean’s Eleven). Si le film est surtout une affaire de circonstances, permettant à la fine équipe d'honorer ses contrats de chanteurs dans les casinos la nuit et de tourner le jour, tout en picolant le reste du temps, il reste un caper amusant qui brille par son vernis vintage et glamour, et son finale over the top.
 
Sa meilleure scène 

L’audition de batterie où Frank arrive défoncé dans L’Homme au bras d’or. Juste après s’être roulé en boule sur son lit, le héros débarque dans une salle de répét’ et prend place au sein d’un combo. Gouttes de sueur qui perlent, cravate dénouée, regard halluciné… Sinatra tente de garder le rythme et finit à moitié mort. Un grand moment d’acting sinatresque. La précision, la théâtralité à la limite du surjeu, le souffle. Tout est là. Et dans un geste très Method, on voit constamment le labeur derrière la performance. Ce n’est pas un problème, au contraire. C’est la différence entre Dino et Frankie au fond. Dean Martin, c’était le hardly working man du showbiz (minimalisme de velours, économie des effets). Frank, lui était le hardest working man du showbiz. Tout pour lui est question de précision, de taf ; chaque ligne (sans jeu de mot) est travaillée, ouvragée et paraîtrait presque chantée. Cette scène symbolise à merveille cette drôle de perf dans ce drôle de film brechtien. Synthétique et antinaturaliste.
 
Le meilleur Sinatra de fiction

Ray Liotta dans The Rat Pack. A peine sorti des Godfellas, Ray abandonne son costume de salopard pour endosser les tuxedos de Frankie Machine dans ce téléfilm HBO convaincant ; un peu trop épais, parfois trop maniéré, Liotta est impeccable dans les gestes et l’attitude.
 
Son meilleur look : L'express du Colonel von Ryan

Casquette en cuir, blouson d’aviateur… En troquant ses mocassins vernis contre un uniforme à la coule dans ce super film de guerre il incarne un (autre) fantasme vivant.
 
Sa meilleure apparition télé

En février 87, l’empereur de Vegas débarque à Hawaï, pour un épisode de Magnum (Laura). Il joue un flic newyorkais à la recherche du violeur et du meurtrier de sa petite-fille. Un des épisodes les plus sombres et glauques de la série, mais l’un des meilleurs. C’est surtout le dernier rôle de Sinatra et l’une de ses meilleures perfs (déchirante mais cool, tragique et intense) qui donne des ailes à Tom Selleck. 

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