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Son film avec Bruce Willis et Brad Pitt sera diffusé dimanche sur Arte, suivi de La Jetée, de Chris Marker.

Sommet de science-fiction cauchemardesque et dystopique, L'Armée des 12 singes est l'une des œuvres emblématiques de la filmographie de Terry Gilliam. L'ex-Monty Python, créateur d'univers visuels et narratifs hors pair, avait pris pour modèle un classique du cinéma de SF, et français qui plus est : le moyen-métrage La jetée de Chris Marker, sorti en 1962. A partir de ce projet expérimental, il a tiré une oeuvre étrange et envoûtante portée par Bruce WillisMadeleine Stowe et Brad Pitt. Les deux films seront diffusés dimanche soir sur Arte, à la suite. 

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Quiconque connaît un peu la filmographie de Terry Gilliam sait que le réalisateur est aussi génial que maudit. Il est même très certainement le cinéaste le plus poissard au monde, accumulant les galères avec une constance effarante à chacun de ses projets (il a même été déclaré à tort mort en 2015 par le site de Variety). Et ce à tel point qu'on a tendance à confondre un peu les films et à oublier ce qui lui est exactement arrivé à chacun d'entre eux. L'Armée des 12 singes ne fait pas exception, bien au contraire, alors à l'occasion de sa rediffusion, retour sur sa genèse bien difficile. En attendant de découvrir, enfin, son adaptation libre de Don Quichotte, qui doit boucler le 71e festival de Cannes et sortir dans la foulée, le samedi 19 mai. Enfin, si le cinéaste gagne son procès contre l'un de ses producteurs...

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Une production tendue
Tout commence lorsqu'au début des années 1990, le producteur exécutif Robert Kosberg convainc Chris Marker de le laisser adapter La jetée aux États-Unis pour le compte d'Universal. Mais la major se montre très réticente à financer un projet qui lui semble risqué, d'autant plus que le studio doit se remettre du gouffre financier de Waterworld de Kevin Costner sorti quelques mois plus tôt. Si Universal finit par s'engager, elle le fait a minima, n'offrant à Gilliam qu'un budget très faible pour un film de ce genre de 29,5 millions de dollars, malgré la présence assurée au casting de Bruce Willis et Brad Pitt. Le budget est d'ailleurs si faible que le cinéaste doit à cette époque convaincre le premier de diminuer son cachet pour que le film puisse se faire.

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Les négociations se révèlent âpres et longues car Gilliam, qui vient d'abandonner l'adaptation du Conte des deux cités de Charles Dickens, garde un souvenir douloureux de sa précédente collaboration avec Universal sur Brazil. Cet autre classique de la SF avait été dix ans plus tôt au centre d'une guerre ouverte entre le studio et le réalisateur, qui avait débouché sur trois versions différentes du film, celle des producteurs ayant été réduite de plus de trois quarts d'heure par rapport à celle de Gilliam. Ce dernier ne s'engage alors sur L'armée des 12 singes qu'à une condition : qu'Universal lui abandonne le final cut. Universal accède à sa requête mais pose deux conditions : le film ne doit pas être classé R (c'est-à-dire réservé uniquement aux adultes aux Etats6unis) et ne doit pas excéder les 135 minutes.

Un tournage chaotique
Le tournage débute le 8 février 1995 à Philadelphie et passe également par la ville de Baltimore. Mais comme toujours chez Terry Gilliam, rien ne va vraiment se passer comme prévu, d'autant plus que l'équipe du film doit composer avec un budget et un planning de tournage extrêmement serrés. Le tournage hivernal dans ces deux villes du nord-est des États-Unis est marqué par des gros problèmes météorologiques qui viennent également provoquer des soucis mécaniques. La sphère futuriste à écrans de télévision connaît notamment de nombreux pépins, d'autant plus dommageables qu'il s'agit d'une des créations les plus chères du tournage.

Pire encore, dans la précipitation, les premiers rushs révèlent d'énormes erreurs de continuité du fait de la structure non-linéaire du film, qui engendrent de nombreux reshoots alors même que le tournage n'est pas encore fini. De plus, le perfectionnisme de Gilliam étire certaines journées de tournage en longueur. Et pour couronner le tout, le cinéaste est victime sur le tournage d'une chute de cheval dont il ressort blessé (sans doute une prémonition de tous les obstacles qu'il rencontrera en voulant adapter Don Quichotte).

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Pour jongler avec les budgets et ne pas exploser le plafond, l'équipe du film investit, parfois de manière sauvage, des lieux abandonnés comme une prison, un hôpital ou un cinéma désaffectés. Marqué par l'échec des Aventures du Baron de Munchausen, sur lequel le budget avait doublé au cours du tournage, Gilliam rivalise d'inventivité pour permettre au film de prendre forme au moment du dernier coup de clap, donné le 6 mai 1995.

Malgré tous les pépins rencontrés en montant cette Armée des 12 singesTerry Gilliam connaîtra un grand succès avec le film. En partie grâce à son budget très modeste, il devient un gros succès au box-office avec plus de 150 millions de recettes, attirant notamment 2,3 millions de spectateurs en France. Pour sa performance dans le film, Brad Pitt remporte le Golden Globe et décroche une nomination à l'Oscar du meilleur acteur dans un second rôle. Et presque vingt ans plus tard, le film devenu culte connaît une adaptation en série, 12 Monkeys, qui intrigue assez de spectateurs pour être déclinée en 3 saisons.

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L'histoire de L'armée des 12 singes : Nous sommes en l'an 2035. Les quelques milliers d'habitants qui restent sur notre planète sont contraints de vivre sous terre. La surface du globe est devenue inhabitable à la suite d'un virus ayant décimé 99% de la population. Les survivants mettent tous leurs espoirs dans un voyage à travers le temps pour découvrir les causes de la catastrophe et la prévenir. C'est James Cole, hanté depuis des années par une image incompréhensible, qui est désigné pour cette mission. 

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