DR

Les routes du brillant auteur américain James Ellroy (American Tabloid, L.A. Confidential) et du réalisateur David Fincher (Seven, Gone Girl) se sont déjà croisées à plusieurs reprises, que ce soit au moment de l'adaptation du Dahlia Noir (finalement mise en scène par Brian de Palma) ou à l'occasion de différents projets télé, et les deux hommes s'apprécient et aiment leurs travaux respectifs.Dernière preuve en date, une interview de James Ellroy accordée au site NPR dans laquelle l'auteur évoque ses films noirs préférés. Et au milieu de classiques du genre comme La Griffe du Passé de Jacques Tourneur ou Chien Enragé de Akira Kurosawa, Ellroy cite un unique film contemporain, Zodiac, le film de David Fincher sorti en 2007 sur l'obsession et la névrose générale engendrée par un tueur en série sur la côte ouest des États-Unis dans les années 70.Mais s'il apprécie particulièrement le traitement qu'a fait Fincher de ce fait divers hyper-médiatique, Ellroy ne peut s'empêcher de mettre le doigt sur un énorme problème qui selon lui empêche Zodiac d'être un chef-d’œuvre ultime : "Il s'agit d'un film sur le tueur qu'on appelait Zodiac et qui tua cinq personne à San Francisco en 1969 avant de disparaître. Mais c'est surtout un film sur des hommes et leur obsession qui fait dérailler leurs vies. Il y a également en filigranes un triangle homosexuel qui se forme et qui attise cette même obsession : Un homme détruit - c'est le personnage de Robert Downey Jr., le journaliste Paul Avery. Un autre qui pense qu'il a résolu l'affaire - c'est le jeune caricaturiste loser Robert Graysmith, interprété par Jake Gyllenhaal. Et puis il y a le noble policier joué par Mark Ruffalo, qui vers la fin, pense que le jeune Gyllenhaal a peut-être raison. Mais une des choses intéressantes avec Zodiac, l'une des plus intéressantes, c'est que Gyllenhaal, Downey et Ruffalo sont pitoyables dans le film. Il s'agit d'une immense œuvre cinématographique, avec au centre de tout ça, trois performances d'acteurs extrêmement mauvaises et peu convaincantes. Je ne crois pas un seul mot de ce qui sort de leurs bouches, mais cela n'empêche pas Zodiac d'être un grand film. Notamment grâce à ses fascinantes thématiques : la banalité de l'obsession, et la banalisation du travail de policier."La bande-annonce de Zodiac, de David Fincher, sorti en 2007 :