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Ce qu’il faut voir ou pas cette semaine.

L’ÉVÉNEMENT

GHOST IN THE SHELL ★★★★☆
De Bill Condon

L’essentiel
Rupert Sanders livre les visions fabuleuses du manga original aux enfants d’aujourd’hui.

Futur proche. Une mégalopole. Perchée en haut d’un building, une jeune femme se branche sur un réseau électronique pour espionner une réunion entre diplomates et affairistes en tous genres. Sa cible repérée, elle arme son revolver et se laisse tomber dans le vide pour pulvériser une baie vitrée…. Toute l’efficacité du style de Rupert Sanders est dans ce plan vertigineux, où se déploient la froideur envoutante, le choc et les visions fulgurantes de ce qui s’annonce.
Pierre Lunn

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PREMIÈRE A AIMÉ

ORPHELINE ★★★★☆
D’Arnaud des Pallières

On ne vous en voudra pas de ne pas connaître ce type. Arnaud des Pallières s’est progressivement imposé comme l’un des meilleurs « raconteurs d’histoire(s) » du cinéma français (oui, oui, la référence à Godard est faite exprès). Géant discret, il a tracé sa route à l’ombre de tout courant et de toute chapelle avec ses docs terrassants (sur le camp de Drancy ou sur Disneyland) et ses fictions kaléidoscopiques fascinantes. Des mots, des voix off, des images qui s’impriment, souvent décalées, et les sentiments qui en découlent : mélancolie, ironie, inquiétude, dessillement... Ses films labyrinthes imposent tous, au sens quasi religieux, l’écoute et l’attention du regard. Et c’est le cas de son nouveau long métrage, Orpheline.
Gaël Golhen

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PREMIÈRE A PLUTÔT AIMÉ

GANGSTERDAM ★★★☆☆
De Romain Lévy

Romain Levy s’est fait attendre. Cinq ans précisément. En 2012, son premier film, Radiostars, faisait souffler un vent nouveau sur le cinéma populaire français en intégrant les ingrédients des comédies anglo-saxonnes : de l’humour noir, de la bonne vanne, des situations absurdes et trash, des acteurs désinhibés. Il y ajoutait un sens très français de l’observation qui faisait de Radiostars une sorte de comédie ultime, qui ne ressemblait à rien d’autre qu’à elle-même. Autant dire qu’avec Gangsterdam, on allait voir ce qu’on allait voir !
Pierre Lunn

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FÉLICITÉ ★★★☆☆
D’Alain Gomis

Le précédent film du réalisateur franco-sénégalais, Aujourd’hui, était la vivifiante chronique d’une mort annoncée. Celui-ci raconte un spectral retour à la vie. Félicité (magnétique Véronique Beya Mputu) a tout d’une femme forte. La plantureuse chanteuse de bar hypnotise le public la nuit et élève seule Samo, 14ans, le jour. Mais à la suite d’un accident de moto de son fils, Félicité vacille. Elle doit vite trouver l’argent de l’opération. Sinon, c’est l’amputation. Le premier mouvement du film carbure à l’énergie inébranlable de cette mère courage. Telle une héroïne dardennienne, elle avance en battante, l’air buté. Son chemin de croix a des airs de road-movie piéton: une enfilade de rencontres houleuses qui trace un fascinant portrait de Kinshasa, entre débrouille et corruption. L’électricité de la capitale congolaise ne fait qu’un avec les états d’âme de Félicité. Tonifiante, puis étourdissante (surgissements de véhicules, images ralenties, surimpressions), elle s’exprime dans le contraste brutal de spectaculaires scènes musicales: l’inquiétude bleutée d’interludes symphoniques (Arvo Pärt par l’orchestre de Kinshasa) succède à l’ivresse rougeoyante de la transe (Kasaï Allstar, célèbre collectif local). À l’instar du personnage, on a l’impression d’être alimenté en courant alternatif. Jusqu’à la panne complète. D’où une relative stagnation narrative au coeur de ce long métrage aimanté par les ténèbres. Mais Alain Gomis tire de ce frustrant surplace un très émouvant regain vital.
Éric Vernay

PRIS DE COURT ★★★☆☆
D’Emmanuelle Cuau

Pour son troisième long métrage en vingt-deux ans (!), Emmanuelle Cuau élabore encore un engrenage implacable. Comme dans l’excellent Très bien, merci avec Gilbert Melki (qu’on retrouve ici dans un petit rôle glaçant), le personnage principal de Pris de court subit au départ une violence sociale tristement banale : Nathalie (impeccable Virginie Efira, qui ressemble de plus en plus à Gena Rowlands) perd son emploi dans une bijouterie. La jeune veuve tout juste débarquée à Paris décide de cacher la nouvelle à ses deux enfants. Le temps de se relancer. Mais ce mensonge initial, telle une patte d’insecte dans une toile d’araignée, enclenche une mécanique d’étau. Et la chronique familiale de se muer en thriller. Son refus du spectaculaire s’avère payant – il suffit parfois d’un scooter au second plan puis d’un bruit de moteur pour sécréter l’angoisse, par la grâce du hors-champ. En élève de Robert Bresson, la cinéaste croit à la richesse du dépouillement. Retrancher pour épurer. En même temps, c’est le paradoxe du film, cette limpidité de façade fonctionne comme un trompe-l’oeil : c’est le terreau fertile d’un jeu d’ellipses et de non-dits. Au lieu d’assécher les personnages, l’approche minimaliste de Cuau leur insuffle mystère et complexité. Ainsi, les secrets qui s’accumulent autour de Nathalie sont comme autant de bombes planquées entre chaque scène, chaque fondu au noir, prêts à exploser sous une forme imprévisible dans le plan suivant. Et qu’il s’agit de désamorcer. C’est brillant.
Éric Vernay

POURVU QU’ON M’AIME ★★★☆☆
De Carlo Zoratti

Enéa est un jeune Italien atteint d’autisme. Un handicap qui l’entrave dans son approche des relations amoureuses et sexuelles, et dans son désir d’aimer et d’être aimé. Soucieux de l’aider à mettre un terme à cette situation, ses deux meilleurs amis se lancent avec lui dans un périple à travers l’Europe avec la ferme intention de le dépuceler. Non, il ne s’agit pas du pitch du dernier Judd Apatow, mais d’un documentaire imaginé comme un road-trip qui n’hésite pas à emprunter aux codes de la comédie et du feel good movie. Bourré de personnages attachants, tendre et souvent drôle, Pourvu qu’on m’aime réussit à faire voler en éclats un bon paquet de clichés et de tabous tout en interrogeant notre propre rapport à la sexualité.
Mathias Averty

PARIS LA BLANCHE ★★★☆☆
De Lidia Terki

Contre l'avis général de sa famille, Rékia, une septuagénaire, quitte l'Algérie pour la France afin de retrouver son mari dont elle n'a plus de nouvelles depuis quatre ans. Lui est resté là après la guerre d'Algérie afin de travailler et d'envoyer de l'argent au bled. 48 ans que les deux amoureux ne se sont pas vu... Paris, la blanche commence de façon faiblarde en proposant un énième road-trip aux allures de chemin de croix d'une lenteur extrêmement pénible. Puis, au fur et à mesure que l’histoire avance, la quête presque impossible de ce petit bout de femme courageuse arrive à susciter l'empathie. Un peu comme sa rencontre avec Tara, cette serveuse débrouillarde qui vient en aide aux plus démunis et aux sans-paipers à ses heures perdues et qui l'aide à retrouver la trace de son mari. Sous couvert d'un drame tragique, Lidia Terki chronique avec beaucoup de pudeur les existences ordinaires de gens qui le sont tout autant. Son récit tire sa force et son émotion de ses personnages, des laissés-pour-compte de la société tentant de vivre leur vie comme ils le peuvent, chacun marqué par le sceau de la fatalité.
François Rieux

PREMIÈRE A MOYENNEMENT AIMÉ

JAZMIN ET TOUSSAINT ★★☆☆☆
De Claudia Sainte-Luce

Jazmin récupère chez elle, à Mexico, son père malade. L’homme n’a jamais été aimant et perd la boule. A coup de flashbacks fragmentaires (illustration de la mémoire défaillante de Toussaint) et de scènes d’aujourd’hui, l’actrice-réalisatrice rassemble un faisceau d’éléments disparates qui tente de raconter un destin fracassé : Toussaint est haïtien et la tragédie de son île rejoint la sienne. Très confus (on se perd dans les temporalités et les lieux, l’actrice joue la mère et la fille…), Jazmin et Toussaint est un drame atone, traversé de quelques fulgurances comme lorsque Jazmin essaie d’arracher quelques vérités à son père, dans un moment de faiblesse de ce dernier. On aurait aimé que tout le film soit de cet acabit émotionnel.
Christophe Narbonne

A UNITED KINGDOM ★★☆☆☆
D’Amma Asante

Ruth, une dactylographe originaire d’un milieu modeste, tombe amoureuse d’un expatrié africain faisant ses études au Royaume-Uni. Ce dernier est l’héritier du trône du Botswana et doit retourner dans son pays en plein Apartheid. Elle décide de l’épouser et le suivre… A United Kingdom est divisé en deux films distincts. D’un côté la romance impossible et interdite des deux protagonistes principaux au regard des conventions sociales de l’époque et des différences de mœurs entre l’Angleterre et l’Afrique. De l’autre, un biopic historique propret revenant sur un épisode méconnu de la ségrégation raciale avant l’ère Mandela. Le deuxième aspect du film se révèle beaucoup plus intéressant que la romance papier glacé portée notamment par une Rosamund Pike à côté de ses pompes. La caméra entre deux chaises, Amma Asante arrive à concilier correctement les deux thématiques de son film dans son dernier tiers, ce qui est trop tard pour captiver.
François Rieux

Et aussi

Baby Boss de Tom McGrath
Mai morire d’Enrique Rivero
Telle mère telle fille de Noémie Saglio

 

Reprises

Valmont de Milos Forman
Utu (Redux) de Geoff Murphy
Je la connaissais bien d’Antonio Pietrangeli