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Ce qu’il faut voir (ou pas) en salles cette semaine

L’ÉVÉNEMENT

FAST & FURIOUS 8 ★★☆☆☆
De F. Gary Gray

L’essentiel

La franchise motorisée cale dans ce 8e opus qui verse dans la caricature et cache la misère de son scénario sous un trop-plein d’action

16 ans maintenant que la franchise Fast & Furious trace la route pied au plancher. En huit films, la saga est passée de film de bagnoles à film de casses pour finalement se démarquer aujourd'hui comme la Rolls Royce du blockbuster d'action. Avec ce huitième épisode, la franchise lorgne désormais vers le technothriller avec une histoire de hacking, d'espionnage, de trahison et de sous-marin russe que n'aurait pas renié Tom Clancy. Car, dans cette nouvelle aventure, Dom Toretto doit tourner le dos à sa famille pour aider une dangereuse cyberterroriste qui l'a piégé par un odieux chantage. Celle-ci, incarnée par Charlize Theron en mode evil bitch, veut détruire les États-Unis à l'aide d'une arme nucléaire. Mais c'était sans compter sur Deckhard, alias Jason Statham le roi de la tatane et ancien méchant du précédent opus, qui vient ici faire équipe avec la Toretto family.
François Rieux

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PREMIÈRE A AIMÉ

À VOIX HAUTE – LA FORCE DE LA PAROLE ★★★★☆
De Stéphane de Freitas

Depuis quatre ans, le concours Eloquentia regroupe 110 participants pour un seul gagnant. Le titre en jeu ? Devenir le meilleur orateur du 93. À Voix Haute est un documentaire pêchu et immersif sur le parcours de combattant qu'entreprennent une vingtaine de jeunes venant des quartiers de la Seine Saint-Denis. Ils ont six semaines pour travailler et perfectionner leurs passages individuels face à un jury exigeant. Pour cela, ils enchaînent les cours de théâtre, de slam mais également d'expressions orale, celui-ci étant dispensé par un avocat survolté aux faux airs de Fabrice Lucchini. Il ressort de cette aventure humaine des portraits de jeunes adultes touchants, aux fortes personnalités et à l'envie d'en découdre avec le reste du monde. On suit en particulier Eddy, Leila et Elhadj, trois compétiteurs à la verve éloquente et aux parcours de vies atypiques. Au fil du documentaire, la tension va crescendo si bien que l'on se prend au jeu et que l’on est très vite emporté par les discours de ces soldats de la persévérance.
François Rieux

PREMIÈRE A PLUTÔT AIMÉ

BIENVENUE AU GONDWANA ★★★☆☆
De Mamane

« Le Gondwana est un pays très exactement situé au Nord de quelque part et au sud de là. » Un pays imaginaire où l’humoriste devenu réalisateur a choisi d’installer sa « République très très démocratique ». Pendant des années, au cours de chroniques aussi courtes que drôles sur RFI, Mamane racontait un monde à géographie variable, où tous les chefs d’Etat africains seraient réunis en un seul « Président fondateur », un leader mégalo, un oppresseur fantoche, dictateur baroque et caricatural. Tout y passait : les magouilles de la Françafrique, la tyrannie des potentats sanguinaires, l’indifférence bien comprises des démocraties occidentales, la soumission des peuples ou la révolte de la jeunesse… Mamane soignait sa colère dans des billets tendres, corrosifs sous les apparences d’une douceur surréaliste. Mais cette colère ne l’a pas quitté et il a aujourd’hui décidé d’en faire un film. Reprenant le principe de ses textes radio, il plonge un Candide au cœur des ténèbres.
Gaël Golhen

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THE YOUNG LADY ★★★☆☆
De William Oldroyd

Le roman victorien au cinéma semble increvable. Mieux : il n’arrête pas de muter, redynamisé ces dernières années par des cinéastes iconoclastes comme Andrea Arnold (Les Hauts de Hurlevent), Cary Fukunaga (Jane Eyre) ou Thomas Vinterberg (Loin de la foule déchaînée). Qu’on aime ou pas leurs films, tous ont le mérite d’affirmer qu’il y a encore des choses à dire sur les propriétaires terriens tourmentés, la campagne anglaise battue par les vents et les palefreniers sexy. Le débutant William Oldroyd, venu du théâtre, s’inscrit dans cette mouvance-là, via un crochet par la Russie. On s’explique : The Young Lady est l’adaptation d’un roman russe de 1865, Lady Macbeth du district de Mtsensk, déjà adapté par Andrzej Wajda en 1962 (Lady Macbeth sibérienne), et relocalisé ici dans un coin de province british indéterminé. C’est l’histoire d’une jolie jeune fille qui s’ennuie à mourir dans la chambre à coucher où la tient enfermée son mari trop vieux, et que la frustration sexuelle et la haine sociale vont entraîner dans une spirale meurtrière délirante. Le réalisateur tire un bon parti de son budget manifestement modeste, retranscrivant brillamment la tristesse, le dénuement et l’atmosphère glaciale des grandes demeures provinciales du XIXème siècle. Le film s’apprécie comme un crescendo chabrolien, entièrement arrimé à l’extraordinaire visage de poupée boudeuse de son interprète Florence Pugh. Une actrice irrésistible et flippante qui convoque les spectres de Barbara Stanwyck et Gene Tierney.
Frédéric Foubert

UN PROFIL POUR DEUX ★★★☆☆
De Stéphane Robelin

Après Adopte un veuf ou Retour chez ma mère, le film de Stéphane Robelin (Et si on vivait tous ensemble ?) nous propose une nouvelle variation autour du thème des séniors confrontés aux jeunes générations.
Relecture moderne de Cyrano, Un Profil pour deux voit Pierre Richard séduire par le biais d’un site de rencontre la belle Fanny Valette en se faisant passer pour Yaniss Lespert. Le film touche souvent par la justesse de ses situations et surtout celle de ses personnages paumés, victimes de la solitude oppressante de notre société connectée. On pense parfois au regretté Guillaume Depardieu des Affranchis à travers le personnage de Yaniss Lespert (l’ex Christophe Lepic de la série Fais pas ci fais pas ça) et on se laisse séduire par l’éternel Grand blond dans un de ses plus beaux rôles depuis bien longtemps : un veuf acariâtre limite misanthrope, mais ô combien charmeur. Un choc des générations tout en douceurs et subtilités. Là où les films de François Desagnat et Éric Lavaine jouaient à fond la carte de la comédie, Un Profil pour deux se veut plus sobre et atteint souvent la corde sensible, pour nous cueillir au détour d’une scène anodine, d’un banal dialogue en voiture, par exemple. Heureusement, le film réserve, en contre-points, de beaux moments de comédie pure, dont une scène de petit déjeuner d’anthologie. On regrettera sans doute qu’il n’y en ait pas un peu plus, mais c’est aussi la preuve qu’elles sont réussies.
Nicolas Bellet

PAS COMME DES LOUPS ★★★☆☆
De Vincent Pouplard

Cinq jeunes livrés à eux-mêmes partagent leur quotidien solitaire et délétère entre survie de squats en squats, fumette, rap, petite délinquance et comparutions devant la justice. Pas comme des loups est le prototype du documentaire social : image tremblante, témoignages recueillis à la volée face caméra et montage sommaire. Mais derrière cette simplicité se cache toute la force du récit, la forme rudimentaire s'estompant face au réalisme du fond. Un peu comme dans ces scènes filmées en gros plan où l'un des jeunes clame à ses potes son amour pour la bande dessinée Tintin au pays des Soviets ou celle encore où un autre jeune adulte délivre un rap tout en avalant un déjeuner plus que frugal. Au final, il ressort quelque chose de clarkien dans ces images d'ados torses nus livrés à eux-mêmes, habités d'une résistance pare-balle à l'épreuve de la vie et d'une innocence désincarnée touchante. Derrière sa caméra, Vincent Pouplard capte avec sincérité les parcours difficiles de ces gamins à qui la vie n’a pas fait de cadeaux, le tout sans pathos, sans condescendance et surtout sans moralisation.
François Rieux

ET AUSSI

Je danserai si je veux de Maysaloun Hamoud
Boule & Bill 2 de Pascal Bourdiaux
Le conte des sables d’or de Sam Guillaume
Lettres de la guerre d’Ivo M. Ferreira
C’est beau la vie quand on y pense de Gérard Jugnot
La jeune fille et son aigle d’Otto Bell
L’homme aux mille visages d’Alberto Rodriguez
La belle occasion d’Isild le Besco
Paris est une fête de Sylvain Georges
Mauvais élèves de Nicolas Uberlmann

REPRISES

De l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites de Paul Newman
Lumière d’été de Jean Grémillon

Vidéodrome de David Cronenberg
Taipei Story d’Edward Yang
Le banquet des fraudeurs d’Henri Storck