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Si Beale Street pouvait parler

Remis sous le feu des projecteurs avec le docu de Raoul Peck, I am not your Negro, l’écrivain américain James Baldwin n’avait jamais vu une de ses oeuvres portée sur grand écran aux États-Unis, jusqu’à présent. C’est Barry Jenkins (Moonlight) qui s’attaque à ce Si Beale Street pouvait parler, déjà adapté au cinéma, mais à Marseille, par Robert Guédiguian (À la place du coeur). Jenkins, lui, replace le récit dans son contexte originel : les rues de Harlem au début des années 70.

Thierry Chèze
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Un grand voyage vers la nuit

C’est beau. Très beau. Dès les premières images (une caméra virevolte autour d’un homme allongé dans une chambre), on reconnaît l’incroyable maîtrise plastique de Bi Gan et sa virtuosité filmique. Mais au bout de quelques minutes, on frise l’overdose. D’autant que l’histoire est réduite à pas grand-chose : un homme, sans doute un tueur, revient dans sa ville natale et cherche une femme qu’il a aimée il y a longtemps...

Gael Golhen
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Les Estivants

Valeria Bruni Tedeschi s’est créé, à la manière de Woody Allen, un double de cinéma où elle exacerbe ses névroses et ses défauts. Elle y met en scène, en apparence, les épisodes de sa vie. Ici, un divorce. Elle démarre d’ailleurs très fort avec une scène de rupture dans un café avant une présentation de projet au CNC devant un producteur médusé, imposant un rythme et un ton très original. Mais ça, on savait que la réalisatrice le maîtrisait sur le bout des doigts depuis Il est plus facile pour un chameau, son premier film, ou Actrices, le plus réussi.

Sophie Benamon
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L'amour debout

Martin et Léa ont 25 ans. Ils se sont aimés, ont vécu ensemble leur première histoire d’amour… puis se sont séparés. Martin décide pourtant de retrouver Léa à Paris mais c’est bel et bien désormais séparés l’un de l’autre qu’ils vont construire leur vie d’adultes. Cette chronique amoureuse ne manque pas de charme. Celui d’un cinéma littéraire à l’ombre de la Nouvelle Vague et d’une cinéphilie s’exprimant quasiment à chaque plan. Avec comme symbole à ce geste, la présence dans son propre rôle de Françoise Lebrun, inoubliable interprète de La maman et la putain.

Thierry Chèze
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The Place

L'Italien Paolo Genovese, auteur et réalisateur du juteux Perfetti Sconosciutti, objets de six remakes internationaux (Le Jeu, en France), est l’actuel golden boy du cinéma transalpin. Son nouveau film high concept est cette fois l’adaptation d’une série américaine méconnue, The Booth at the End. Il met en scène un homme mystérieux, toujours assis à la même table du même restaurant, que différentes personnes viennent consulter pour réaliser des voeux. En échange, il leur demande de commettre des choses plus ou moins horribles...

Christophe Narbonne
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Ulysse et Mona

C’est un choc entre deux personnages aux antipodes. Un artiste ombrageux vivant en ermite et ayant mis fin à sa carrière après avoir perdu foi en l’être humain, et une étudiante des Beaux-Arts qui rêve de devenir son assistante et de lui redonner goût à son art. Après plusieurs tentatives infructueuses, elle parvient à ses fins après l’avoir retrouvé inconscient sur un court de tennis. Elle va le pousser à se réconcilier avec son passé, tout particulièrement avec sa femme et son fils qu’il a abandonnés.

Thierry Chèze
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Pearl

Pearl est une athlète à la veille du jour le plus important de sa vie sportive : le concours de Miss Heaven, sorte de championnat du monde de bodybuilding féminin. Elle a sacrifié à ce seul objectif le reste de sa vie, dont son fils Joseph qu’elle n’a pas vu depuis quatre ans, et avec qui son ex-mari débarque juste avant la finale.

Thierry Chèze
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À cause des filles..?

Une femme se fait planter le jour de son mariage -par Beigbeder, quelle idée. S’ensuit une série de quiproquos impliquant des proches de la non mariée et relative aux relations amoureuses... Vrai-faux film à sketches, le nouveau Pascal Thomas fait illusion le temps d’un segment avec José Garcia, bouleversant en mari trompé. Le reste oscille entre le ridicule et le ringard.

Christophe Narbonne
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Skate Kitchen

Crystal Moselle a l’art de dénicher des bons sujets. En 2015, elle triomphait à Sundance avec Wolfpack. Portrait d’une fratrie vivant coupée du monde dans un appart new-yorkais et s’évadant par les films de cinéma qu’ils se passaient en boucle et rejouaient entre les quatre murs de leur « prison » familiale. Un documentaire, tellement dingue qu’on aurait pu croire à une fiction, né de sa rencontre fortuite dans la rue avec un des frères en question.

Thierry Chèze
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L'Intervention

Le sujet est passionnant : l’intervention lors de la prise d’otages d’un bus scolaire en 1976 à Djibouti, encore colonie française, qui a posé les bases de la création du GIGN. L’ambition est évidente : mêler audacieusement film d’action et moments de vannes bravaches façon Les Morfalous. Mais à l’écran, rien de tout cela ne fonctionne.

Thierry Chèze
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Minuscule 2 : Les mandibules du bout du monde

Il y a cinq ans, presque jour pour jour (il est sorti le 29 janvier 2014), Minuscule – La Vallée des fourmis perduesdémontrait par l’excellence le savoir-faire hexagonal en matière d’animation 3D, et en particulier du studio Futurikon, émule émérite de Mac Guff Line, le studio français lié à Illumination Entertainment.

Christophe Narbonne
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Sorry to bother you

Il s’en est fallu de peu. Sorry to bother you (« Désolé de vous déranger ») a bien failli ne jamais débarquer dans les salles françaises et finir anonymement dans le catalogue Netflix. Précédée d’un bouche-à-oreille et de critiques dithyrambiques de l’autre côté de l’Atlantique, cette petite oeuvre indépendante et singulière, impossible à ranger dans une case (et donc à marketer) a mis sept mois à traverser l’Atlantique. C’est un film comme on en voit peu : plein comme un oeuf, tour à tour hargneux, hilarant, subversif, maladroit, expérimental... fou.

François Léger
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Ma vie avec James Dean

La venue d’un jeune cinéaste au Tréport où son film est présenté va bouleverser la vie de quelques autochtones, et la sienne par la même occasion. Trois films en 19 ans (dont l’étrange et fascinant Confort moderne), c’est le rythme pris par Dominique Choisy pour raconter des histoires réalistes où s’immiscent l’absurde et le malaise.

Christophe Narbonne
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Un berger et deux perchés à l'Elysées

Pierre Carles (Pas vu, pas pris) s’est fait le spécialiste de documentaires corrosifs sur le dévoiement des médias. Un poil à gratter dont les contempteurs pointent souvent la haute estime de lui-même et l’absence de toute autodérision. Un argument qui ne vaut pas pour ce nouveau docu en mode arroseur arrosé, où Carles et son complice Philippe Lespinasse s’improvisent spin doctors de Jean Lassalle pendant sa campagne présidentielle de 2017. Car ces pieds nickelés étiquetés à gauche ont vu dans ce député MoDem fort en gueule un révolutionnaire anticapitaliste qui s’ignore.

Thierry Chèze
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Continuer

Tout semblait ici réuni pour un grand film. Un roman poignant de Laurent Mauvignier sur une mère divorcée entraînant son fils dans un périple à cheval au Kirghizistan, comme un électrochoc à ses penchants violents. Deux excellents comédiens : Virginie Efira et Kacey Mottet-Klein. Et un réalisateur à l’aise dans l’art de raconter de telles tensions explosives : Joachim Lafosse (L’Économie du couple). Pourtant, à l’écran, rien ou presque ne fonctionne. La densité des interprétations ne trouve que trop rarement d’écho au fil d’un récit qui jamais ne décolle.

Thierry Chèze
Another Day of Life
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Another day of life

Richard, un journaliste polonais idéaliste, décide d’aller couvrir l’actualité en Angola, quelques semaines avant son indépendance en 1975. Mais le pays, devenu un enjeu de la guerre froide, se transforme en terrain d’affrontements sanglants et fratricides. Le journaliste y perdra ses illusions et son métier. Faire de ce récit un film d’animation était un pari audacieux ! Le graphisme, qui n’est pas sans rappeler le trait de Moebius, vient ajouter tantôt du réalisme, tantôt du surréalisme à ce conflit dans lequel s’enfonce le héros.

Sophie Benamon
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La Mule

Après Gran Torino (et malgré son apparition dans le drame Une nouvelle chance), on était sûrs de ne plus jamais revoir Clint sur grand écran. Ses récentes réalisations nous avaient laissés interdits et, à Première, on avait même fini par faire le deuil (artistique) de celui qui fut l’un des plus grands maîtres du cinéma américain. Surprise.

Gael Golhen
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L'Ordre des Médecins

Thomas Lilti n’a donc pas préempté toutes les explorations du monde de la médecine au cinéma. C’est aussi ce terrain qu’a choisi David Roux pour son premier long. Un sujet qu’il connaît lui aussi très bien, non comme docteur mais parce qu’il vient d’une famille de médecins, entre des parents chefs de service et un frère pneumologue. Cet Ordre des médecins est un peu le leur puisqu’inspiré de ce que la famille a vécu lors de la mort de la mère du réalisateur.

Thierry Chèze
Green Book
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Green Book - Sur les routes du Sud

Green Book - Sur les routes du Sud est l’histoire vraie du Dr Don Shirley, grand pianiste classique noir qui entreprit une tournée dans les années 60 dans le Sud ségrégationniste accompagné de son chauffeur blanc, Tony Lip, et du Green Book, qui listait les endroits où les Afro-Américains avaient le droit de dormir et de manger. Sur le papier, ce road-movie historique a tout pour être un récit édifiant plein de bons sentiments. Une sorte de Miss Daisy et son chauffeur à l’envers. Mais Peter Farrelly emmène le sujet plus loin.

Sophie Benamon
Yao Omar Sy
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Yao

Célèbre acteur français, Seydou Tall se rend au Sénégal, son pays d’origine, pour promouvoir un livre. Sur place, il fait la connaissance de Yao, jeune garçon de 13 ans qui, à l’insu de sa famille, a fait le long déplacement à Dakar pour le rencontrer. Seydou décide de le raccompagner chez lui. Il ne faut pas être devin pour comprendre que ce Seydou, c’est un peu Omar Sy, fils d’Africains devenu star, qui s’est investi corps et âme dans ce projet.

Christophe Narbonne
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The Hate U Give - La haine qu'on donne

Starr, scolarisée dans un lycée privé (et seule Noire au milieu de Blancs de bonne famille), est confrontée à la mort de son ami d’enfance, flingué par un flic blanc. Alors que son quartier s’enflamme, on lui demande de témoigner au procès du policier, ce qui provoque la colère du gang de dealers locaux (dont faisait partie la victime). Empruntant son titre à un morceau de 2Pac (The hate U give little infants fucks everyone, formant l’acronyme thug life), The hate U give choisit la voie de la pédagogie et du bon sens pour canaliser la colère née du racisme.

Sylvestre Picard
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Eric Clapton : Life in 12 Bars

Pour prétendre chanter le blues, il faut d’abord le vivre. On comprend mieux, après avoir vu ce documentaire, qu’Eric Clapton le joue avec tant de passion ! Le film retrace l’ensemble de la carrière du guitar hero, de ses débuts avec les Yardbirds et John Mayall jusqu’à nos jours, en passant par les parenthèses de Cream, Blind Faith et Derek & The Dominos. Les terribles épreuves qu’a traversées le musicien – deux secrets familiaux, déceptions amoureuses, addictions, deuil – sont abordées sans tabou par la rock star (qui a ouvert sa boîte à archives) et ceux qui ont marqué sa vie.

Maxime Grandgeorge
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Les petits flocons

Pendant que son mari (Grégoire Ludig) et leurs enfants s’éclatent sur les pistes, Wanda, une mannequin jambe (Joséphine de Meaux, également réalisatrice) ne peut skier, sa jambe, justement, ayant triplé de volume. Peu à peu elle se découvre une maladie assez spéciale : une attirance pour les moniteurs de ski. Heureusement, elle peut compter sur leur invité Sami (Gustave Kervern), un ex-taulard fraichement sorti de prison pour la détourner de sa névrose montagnarde. Le premier film de Joséphine de Meaux est loin des Bronzés font du ski -auquel il rend néanmoins un bel hommage.

Nicolas Bellet
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Moskvitch mon amour

Au début de Moskvitch mon amour, on est pris d'une empathie profonde pour le personnage d'Hamo, ce réfugié azéri en Arménie, obsédé par l'idée de rouler au volant d'une Moskvitch rouge, comme le lui avait promis le régime communiste déchu. Sur le point de l'acheter à un voisin, il est alors victime de toutes les mésaventures imaginables et, dans son entêtement, délaisse ce qu'il a de plus cher au monde : son épouse Arous.

Jean-Baptiste Tournié
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Les fauves

Traqué dans L’Heure de la sortie, Laurent Lafitte est cette fois le prédateur. Ou du moins présenté comme tel dans cette chronique faussement naturaliste de l’adolescence, avec Lily-Rose Depp en estivante tenaillée par ses sens dans un coin de Dordogne hanté, dit-on, par une panthère. Quand un jeune, éconduit par Laura, disparaît, les soupçons se portent sur la jeune fille qui, de son côté, est fascinée par un écrivain mystérieux... Réalisateur du mélancolique et charmant Tristesse club, Vincent Mariette change de registre.

Christophe Narbonne
Colette
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Colette

Plus qu’un film, ce Colette est une curiosité que l’on regarde comme une œuvre qui n’avait pas forcément vocation à sortir en France. Un portrait de l’auteur de la série des Claudine, mais vu par un prisme 100 % anglo-saxon, qui révèle comment elle est perçue hors de nos frontières. Ce regard, on le doit à un passionné du sujet, Wash Westmoreland, qui a passé vingt ans à se documenter avant que ce projet ne prenne vie, en suivant au pied de la lettre un des péchés mignons de l’écrivaine : enjoliver les événements sordides de sa vie au profit d’une solide dramaturgie.

Thierry Chèze
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Glass

La fin de Split, amusante relecture Blumhouse (entendez, ironique, méta et cracra) des films de superhéros, nous avait laissés KO. On y voyait Bruce Willis, toujours aussi hiératique, observer d’un œil sévère cabotiner James McAvoy. D’un coup, en un plan “shyamalanesque” (caméra à mi-hauteur cadrant furtivement le personnage), la mythologie Incassable nous revenait en pleine figure. David Dunn, le Superman près de chez vous, était de retour, prêt à affronter La Bête, la personnalité la plus flippante du schizophrène XXL Kevin Wendell Crumb.

Christophe Narbonne
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Ayka

Ayka retrace le calvaire d’une immigrée kirghize dans un Moscou glacial, hostile et violent. Après avoir abandonné son enfant nouveau-né, l’héroïne (impressionnante Samal Yeslyamoca, visage fermé, bloc de détermination et de colère rentrée, primée à Cannes) rejoint le squat surpeuplé où elle survit, avant d’enchaîner des petits boulots ingrats qui lui permettront de rembourser l’argent qu’elle doit à des mafieux. Sergey Dvortsevoy (Tulpan) lève le voile sur un outremonde inhumain, où les animaux, nous dit-il, sont mieux traités que les hommes.

Frédéric Foubert
Doubles vies affiche
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Doubles vies

On le sait, Olivier Assayas est obsédé par la mode, la nouveauté, l’envie de saisir l’esprit du temps. Ça fait peut-être de lui un éternel jeune homme moderne, mais ça condamne également nombre de ses films à vieillir plus vite que la moyenne, à ne s’apprécier que comme des témoignages sur l’époque de leur tournage. Cet écueil semblait particulièrement guetter Doubles Vies, qui traite de l’inquiétude, hyper contemporaine, d’une poignée d’intellectuels quant à la fin de la civilisation de l’écrit et au triomphe des écrans. Dit comme ça, c’est sûr, ce n’est pas très engageant.

Frédéric Foubert
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Ben is back

Ben is back raconte le retour à la maison d’un jeune junkie qui s’est échappé de rehab pour pouvoir passer Noël en famille. Le personnage joué par Lucas Hedges (Manchester by the Sea) donne son nom au film, mais la vraie star, ici, c’est sa maman : Julia Roberts est de tous les plans ou presque dans ce projet qu’on soupçonne d’avoir été initié pour valoir à l’actrice une invitation à la prochaine cérémonie des Oscars.

Frédéric Foubert