3
Le Sanctuaire par Sylvestre Picard

Adam, un ingénieur biologiste et sa femme s’installent avec leur bébé dans un coin de forêt irlandaise perdue (pléonasme) et réputée maudite par les gens du coin. Étudiant le terrain pour une entreprise de découpe de bois, Adam va vite découvrir une terrifiante saloperie qui se cache dans les fourrés. La première heure, un peu lente, est trop classique pour le genre (amusez-vous à repérer les acteurs de Game of Thrones, ici et là), mais les trente dernières minutes sont véritablement percutantes.

Sylvestre Picard
4
Kung Fu Panda 3 par Isabelle Danel

Po rencontre son vrai père (qui n’est pas une oie, qui l’eût cru, mais un panda) et pour combattre l’horrible Kai et sauver les maîtres du kungfu, il doit d’abord découvrir qui il est. Animation véloce (les "visages" sont de plus en plus expressifs), combats saisissants, personnages secondaires emballants (les cinq acolytes plus une tribu d’ursidés noir et blanc impayables), dialogues brillants... Il y en a pour tous les goûts, pour grands et petits, et le scénario glisse mine de rien un message de bon aloi sur la différence et la force des faibles.

Isabelle Danel
4
13 Hours par Sylvestre Picard

L’une des fausses pistes de la filmographie de Michael Bay serait de donner à croire que, depuis 2005, le réalisateur alterne des films plus indépendants – lisez: plus personnels, moins mainstream, plus intellectuels et fatalement plus réussis – avec un Transformers. Dans la première catégorie se rangeraient The Island, No Pain No Gain et, donc, 13 Hours. Le seul véritable point commun entre ces trois "récréations" de Bay sont leur résultat très bof, voire nul, au box office. En vérité ils s’inscrivent parfaitement dans l’œuvre du cinéaste.

Sylvestre Picard
2
Yogananda par Isabelle Danel

Cette biographie, façon télé, du gourou du yoga des années 20 mélange images d’archives, événements (recréés) de la vie du maître et témoignages face caméra. Hagiographique, le film s’adresse à une audience restreinte, mais ne convaincra guère au-delà. « L’état dans lequel on n’a besoin de rien est yoga », dit un intervenant. Et si l’on manque de mise en scène ?

Isabelle Danel
4
La Vallée par Isabelle Danel

Sur une route du Liban, un homme amnésique dépanne la voiture d’un groupe de jeunes gens et les suit dans leur ferme de la plaine de la Bekaa. Ennemis, amis ? Qui est qui ? Tourné par le réalisateur de Beyrouth fantôme, ce magnifique OVNI aux images brûlées traite de la guerre et de la mémoire. En refusant de donner toutes les clés de lecture, il reste énigmatique et envoûtant.

Isabelle Danel
2
Royal Orchestra par Bernard Achour

Dans Amadeus, la musique classique et la grammaire du cinéma ne faisaient qu’un. Rien de tel ici, hélas, même si les informations et les propos distillés par ce documentaire sur le principal ensemble symphonique des Pays-Bas ne manquent pas d’intérêt. Mais le cadre, le montage ou la prise de son ne parviennent jamais à susciter la moindre émotion audiovisuelle.

Bernard Achour
3
Comme des lions par Mathias Averty

Cette autopsie pointilleuse de la lutte des ouvriers de PSA détaille le passionnant déroulement d’un conflit social durant plusieurs années. L’immobilisme politique, l’hypocrisie patronale et la difficile solidarité des salariés sur le long terme sont exposés ici dans toute leur complexité. Délibérément orienté, parfois brouillon, mais plein d’humanité.

Mathias Averty
4
Chala une enfance cubaine par Hendy Bicaise

Adolescent rebelle délaissé par sa mère, Chala rappelle d’abord le héros de Sweet Sixteen.Puis l’on songe à Kes, du même Ken Loach, pour la scène où le gamin s’occupe des pigeons sur le toit, et à Amours chiennes, d’Iñárritu, lorsqu’il prend part à des combats de chiens dans une cave. Des bas-fonds vers les cieux, on redoute le schéma du gamin subissant la pression sociale avant de s’élever spirituellement. Mais Ernesto Daranas est plus subtil. Il préfère multiplier les opportunités, tant pour Chala que pour son entourage.

Hendy Bicaise
4
La Passion d'Augustine par Isabelle Danel

Mère Augustine dirige un petit couvent où elle prodigue à ses élèves une éducation musicale sans pareille. L’arrivée de sa nièce, Alice, la renvoie à sa jeunesse. Nous sommes au Québec en 1962, à l’ouverture de Vatican II: alors qu’un système d’éducation publique se met en place, le couvent est menacé. Remarquablement écrit, jamais simpliste, le film se déploie en questions légitimes, sur la foi, la musique et la modernité, sans oublier d’être drôle.

Isabelle Danel
4
Rosalie Blum par Gaël Golhen

Parce qu’il déploie un univers à partir d’une image ou d’un son qui reste dans la tête, un film vaut parfois plus que ce qu’on voit à l’écran. Avec la fièvre d’un gamin bâtisseur devenu démiurge, dont même les décors géants ont un goût de miniatures, Julien Rappeneau joue avec les points de vue de ses personnages qu’il mélange dans une symphonie colorée. C’est le charme discret de ce petit film qu’un murmure pourrait faire s’écrouler. On pense à Resnais (l’aspect ludique et sentimental). Mais Rosalie Blum a surtout le parfum entêtant d’une mélodie.

Gael Golhen
2
Remember par Gérard Delorme

Poussant le bouchon encore plus loin que dans son précédent film Captives, Atom Egoyan semble vouloir remettre en question les conventions sur l’accord entre le sujet et la forme. Ici, un retraité doit retrouver et tuer un ancien SS responsable de la mort de sa famille.

Gérard Delorme
3
Boulevard par Eric Vernay

La vie rangée de Nolan, employé de banque marié mais secrètement gay, est mise sens dessus dessous par sa rencontre nocturne avec un jeune prostitué. L’indéfectible sourire triste de Robin Williams (dans l’un de ses derniers rôles) incarne idéalement ce déchirement intérieur, cette énergie vitale domestiquée dans une existence mensongère – et ce, moins par crainte du qu’en-dira-t-on que par phobie de blesser autrui, c’est d’ailleurs ce qui rend le personnage touchant.

Eric Vernay
4
Keeper par Bernard Achour

Du Snapper de Stephen Frears à l’oscarisé Juno de Jason Reitman, la grossesse adolescente involontaire a souvent été traitée sous l’angle de la comédie et des mésaventures de la future maman. Or, avoir un enfant à quinze ans n’est pas une partie de rigolade et, jusqu’à preuve du contraire, il faut être deux.

Bernard Achour
4
In Jackson Heights par Eric Vernay

Depuis plus d’un demi-siècle, Frederick Wiseman observe les rouages de l’Amérique, à travers ses institutions, mais aussi ses lieux de vie. C’est le cas pour son dernier documentaire, consacré à un quartier ultracosmopolite du Queens : 167 langues sont parlées à Jackson Heights. Mais cette diversité culturelle est menacée par la hausse des prix de l’immobilier, causant la disparition des petits commerces. Durant neuf semaines, le cinéaste s’est immergé dans ces communautés pour radiographier leurs mouvements propres.

Eric Vernay
3
Aux Yeux de tous par Isabelle Danel

Dix ans après, un ex-flic rejoint ses anciens collègues car il a retrouvé la trace de l’homme coupable d’un meurtre atroce commis en 2002, à Los Angeles. Dans ce remake du brillantissime Dans ses yeux, seuls le pitch, la conclusion (mais pas les derniers plans) et un gag très drôle avec un petit chien sont raccords... Le contexte d’une paranoïa post-11-Septembre est habilement posé, Chiwetel Ejiofor campe un obsessionnel parfait dont l’alchimie avec Julia Roberts et Dean Norris est flagrante.

Isabelle Danel
4
Médecin de campagne par Christophe Narbonne

Malgré son titre, Médecin de campagne est moins balzacien que Hippocrate, le précédent film de Thomas Lilti. Ici, foin de l’ambition aveugle ou des petits arrangements. JeanPierre Werner est un honnête homme qui s’amuse à mettre quelques bâtons dans les roues de sa consœur, à la façon d’un bizutage pas bien méchant – leur relation n’est pas ce qu’il y a de plus réussi. Ce qui intéresse Thomas Lilti, davantage encore que dans Hippocrate, c’est la proximité avec les personnages, qu’il rend sensible en montrant la précision de leurs gestes et à travers les dialogues.

Christophe Narbonne
2
Sky par Christophe Narbonne

Fabienne Berthaud poursuit avec l’actrice Diane Kruger son portrait imaginaire de la femme moderne, confrontée à la dictature de la jeunesse (Frankie en 2006), au poids de la routine (Pieds nus sur les limaces, 2010) et, dans Sky, à la soif de maternité et d’épanouissement sexuel. L’actrice allemande y joue la blessée Romy qui quitte son mari durant leurs vacances aux États-Unis pour se reconstruire auprès d’un redneck distant. Le film est à l’aune de sa photo numérique : sans profondeur ni contrastes.

Christophe Narbonne
3
Mauvaise graine par Eric Vernay

Dans les années 1990, près de Rome, deux amis qui carburent aux petits deals et aux rails de coke tentent de s’extirper de cette voie rapide sans issue. Le film tient la route un moment, porté par l’énergie de son solide duo d’acteurs aux regards hallucinés. La mécanique du récit se grippe hélas ensuite, engluée dans une série de poncifs lourds de pathos sur l’inévitable descente aux enfers des junkies et le difficile retour à la vie active pour ceux qui ont connu l’argent facile. Une foutue descente

Eric Vernay
4
Criminel par Hendy Bicaise

Mêlant récit d’apprentissage et chronique rurale, alternant plans serrés sur des visages contrits et d’autres plus larges sur la taïga, Criminel a tout de la coqueluche des festivals de cinéma indé- pendant, y compris l’académisme. Mais quand son héros bourru, évoluant dans le milieu hostile et isolé de la taïga, s’entiche d’un bébé et s’éveille à la vie, l’émotion affleure et la lassitude se tarit. La glace se craquelle définitivement sous l’effet d’échanges émouvants entre l’intense Aleksei Guskov et Nadezhda Markina, inoubliable Elena du film éponyme d’Andrey Zvyagintsev

Hendy Bicaise
2
Marseille par Bernard Achour

La délinquance à Marseille ? De braves gars pas bien méchants qui taguent sur les pare-brise des voitures. Les nuisances quotidiennes ? La voisine du dessus qui garde ses chaussures à talons pour marcher. Le grand banditisme ? Un fada qui passe devant tout le monde aux urgences avec une balle dans la cuisse. En clair : il y a davantage de réalisme dans un épisode de Plus belle la vie que dans tout le film.

Bernard Achour
3
Black par Christophe Narbonne

Pour leur premier long métrage, Adil El Arbi et Bilall Fallah mixent La Haine avec Roméo et Juliette – plutôt la version gangsta de Baz Luhrmann. En résulte un film purement sensoriel qui fait ressentir par l’image et le son la tragédie de Mavela et Marwan, deux amoureux issus de gangs ennemis. À cette love story impossible se juxtapose une radiographie des "quartiers" bruxellois, dont la radicalité, fruit d’un funeste déterminisme social, a quelque chose d’universel.

Christophe Narbonne
3
The Lady in the Van par Isabelle Danel

C’est l’histoire vraie de l’amitié entre l’auteur de théâtre anglais Alan Bennett et une vieille SDF qui vit dans une camionnette garée dans l’allée de sa maison. Il l’a racontée dans un roman, dont il a tiré une pièce puis ce scénario. La grande Maggie Smith, qui créa le rôle à la scène, le reprend devant la caméra de Nicholas Hytner avec une gourmandise et une rouerie communicatives.

Isabelle Danel
4
Triple 9 par Gérard Delorme

Le principe est si simple qu’il paraît incroyable que personne n’y ait pensé plus tôt: pour faire diversion, une bande de criminels provoque le dé- clenchement du code 999, qui mobilise l’ensemble des forces de police lorsque l’un des leurs est tué en service. L’affaire est compliquée par le fait que les malfrats sont des flics corrompus et d’anciens militaires aux prises avec leur propre code moral. Privilégiant une approche viscérale, John Hillcoat contourne les difficultés du film choral à coups d’ellipses potentiellement déroutantes.

Gérard Delorme
4
Jodorowsky's Dune par Eric Vernay

"Génial, c’est nul!", s’écria Jodorowsky devant le Dune de David Lynch en 1984. Soulagé, car l’ambition de sa propre version, avortée en 1977, n’avait pas été égalée : devaient en effet s’y croiser Orson Welles, Mick Jagger et Salvador Dalí, sur un story-board de Moebius et une BO de Pink Floyd. Un rêve démesuré selon les majors hollywoodiennes de l’époque, séduites par ce trip SF sous LSD mais peu rassurées par son réalisateur illuminé.

Eric Vernay
4
Les Ogres par Christophe Narbonne

À film monstrueux, durée monstre : 2h24! Ne pas les craindre ces longues minutes passées avec des acteurs surinvestis, qui d’Adèle Haenel à François Fehner (le père de la réalisatrice dans son propre rôle mis en fiction), passent par toutes les émotions imaginables. Ça rit, ça pleure, ça gueule avec ce trop-plein de réalisme qui caractérise les « théâtreux » – ici, doublés de nomades – soumis à la précarité, aux incertitudes du lendemain et aux blessures jamais refermées en raison de l’état d’urgence permanent qui caractérise leur style de vie.

Christophe Narbonne
4
No land's song par Isabelle Danel

Depuis la Révolution de 1979 en Iran, les chanteuses ne peuvent plus se produire en solo face à un public masculin. Sara Najafi, devant la caméra, et son frère Ayat, derrière, relatent le parcours ahurissant que nécessite l’organisation d’un concert pour solistes femmes de nos jours à Téhéran. Sara convie les Françaises Jeanne Cherhal et Élise Caron, et la Tunisienne Emel Mathlouthi à se joindre aux grandes Parvin Namazi et Sayeh Sodeyfi. L’enjeu devient international. L’absurde interdiction donne à ce long métrage malin et courageux des accents de thriller politique tragicomique.

Isabelle Danel
3
Au nom de ma fille par Isabelle Danel

C’est l’histoire vraie d’une terrible saga judiciaire. En 1982, à la mort de sa fille de 14 ans, Kalinka, André Bamberski découvre des incohé- rences dans le rapport d’autopsie. Son enquête le mène au beau-père de Kalinka, cardiologue renommé et mis hors de cause ; il lui faudra des années pour obtenir le jugement puis la condamnation effective du meurtrier. Vincent Garenq (Présumé coupable,L’Enquête) poursuit sa mise en images des rouages de la justice et de ce qui les grippe.

Isabelle Danel
3
A Perfect Day par Sylvestre Picard

Pendant la guerre en ex-Yougoslavie, des membres d’une ONG essaient de sortir un cadavre d’un puits et c’est le début des emmerdes. Le sujet aurait pu être plombant, cependant le réalisateur choisit de le traiter comme une grosse comédie chorale et absurde. Cela fonctionne plutôt pas mal, comme un No Man’s Land des années 2010. A Perfect Day doit beaucoup à Benicio Del Toro en humanitaire goguenard et désabusé mais tellement cool, finalement pas si éloigné de son emploi de coupeur de gorges mexicain, version vieux altruiste.

Sylvestre Picard
5
Evolution par Frédéric Foubert

Après les petites filles, les petits garçons. Après les pensionnaires en jupes plissées et socquettes blanches d’Innocence (2005), voici les cobayes mâles d’Évolution, triturés et "pré- parés" par leurs mamans afin qu’ils puissent donner la vie. La filmo de Lucile Hadzihalilovic se résume à deux titres mais elle est d’une cohérence impérieuse et d’une puissance mythologique rare. Envisageant l’enfance comme un continent aux lois obscures, chaque film reformule la même question : c’est comment la vie quand on est grand?

Frédéric Foubert
0
Solange et les vivants par Bernard Achour

Parfois rigolotes quand on les lit sur Internet, les pastilles « Solange te parle » le sont beaucoup moins au cinéma. Statiques, maladroits, surécrits, les atermoiements phobiques de cette jeune névrosée2.0 échouent à prendre le pouls de l’ultramoderne solitude.

Bernard Achour