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Personal Shopper

Olivier Assayas filme un nouveau pensum théorique sur la modernité et l'ultra-solitude. Neurasthénique malgré la présence de K-Stew.

Frédéric Foubert
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Baccalauréat

Lauréat de la Palme d’Or en 2007, le réalisateur de 4 mois, 3 semaines, 2 jours revient avec un film encore très fort.

Christophe Narbonne
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Juste la fin du monde

Le prodige de Mommy livre un huis clos théâtral, étouffant et ennuyeux.

Sylvestre Picard
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Moi, Daniel Blake

Inattaquable sur le fond, le dernier Ken Loach l’est sur la forme et sur le traitement.

Christophe Narbonne
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Divines

Dounia et Maïmouna, les meilleures copines du monde, rêvent d'argent facile et se mettent au service de Rebecca, la caïd de leur cité pourrie. Ce résumé ne saurait réellement rendre justice à la baffe de cinéma que colle dès son ouverture Divines d'Houda Benyamina, premier long présenté à la Quinzaine des réalisateurs et récompensé par la Caméra d'or au Festival de Cannes 2016.

Sylvestre Picard
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Toni Erdmann

Winfried Conradi (joué par un impressionnant acteur autrichien, Peter Simonischeck) est un vieux monsieur facétieux qui fait des blagues tout le temps mais qui a raté l’essentiel : sa fille. Cette femme d’affaires établie à Bucarest est distante et malheureuse, Winfried le sent et va tout faire pour la sortir de son impasse existentielle. Il va « s’inviter » à Bucarest et semer la pagaille dans la vie très organisée d’Ines en s’inventant le personnage de Toni Erdmann, un vieux beau portant perruque et dentier apparent.

Christophe Narbonne
4 John From par Damien Leblanc

Rita, 15 ans, passe de paisibles vacances d’été dans son quartier et se prend de fascination pour le Pacifique Sud grâce à l’exposition photographique de son nouveau voisin. En montrant comment deux univers (le Portugal urbain et les îles paradisiaques) se fondent progressivement l’un dans l’autre, cette rêverie amoureuse crée par ses couleurs chaleureuses une atmosphère digne d’un tableau de Gauguin.

Damien Leblanc
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Wonderland par Christophe Narbonne

Il aura fallu pas moins de dix cinéastes helvètes pour réaliser ce film d’apocalypse dans lequel la Suisse, menacée par un nuage radioactif, révèle son visage: celui d’un pays xénophobe, cynique et opportuniste. S’il voulait susciter une catharsis nationale, Wonderland ne s’y prendrait pas autrement. Mais quel affreux pensum, lourdingue et neurasthénique !

Christophe Narbonne
4 Mobile étoile par Isabelle Danel

Hannah est chanteuse, son mari pianiste et leur fils violoniste. En famille, ils dirigent une chorale dédiée aux musiques liturgiques juives françaises de la fin du XIXe  siècle. Tourné à Montréal, ce film mélange les langues et les voix, les accents et les mélodies, il donne à voir et à entendre la passion pour une musique oubliée et vouée à disparaître si personne ne s’en empare. Sous une apparence factuelle (trouver des subventions, répéter, exhumer une partition...), Mobile Étoile se développe comme un aria, prend de l’ampleur au fil de la projection.

Isabelle Danel
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Maggie a un plan par Frédéric Foubert

Ça y est, c’est officiel: le "Greta Gerwig movie" est un genre à part entière. Qu’elle se nomme Frances Ha, Mistress America, ou Maggie, comme ici, l’actrice joue la même fille: une intello névrosée qui arpente New York en cherchant un sens à sa vie. Dans le registre, la première demi-heure de Maggie a un plan est parfaite: la danse sur "A Message to You, Rudy, Ethan Hawke, les blagues sur le don de sperme... Puis ça se met à ressembler à du Woody Allen en mode random, sans véritable enjeu, ni émotion, ni même une punchline rigolote.

Frédéric Foubert
4
Dalton Trumbo par Gérard Delorme

Il n’est jamais inutile de rappeler l’Histoire, et Jay Roach le fait aussi sérieusement que les frères Coen évoquaient la même période sur le ton de la comédie dans Ave César! Cette fois, aucun aspect de cette triste affaire n’est passé sous silence: la campagne de délation, les lâchetés, les injustices, les amitiés et les vies détruites. Mais la tentation de l’amertume est contrebalacée par le point de vue choisi, celui d’un artiste exemplaire, géné- reux, constructif et tolérant.

Gérard Delorme
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Dégradé par Bernard Achour

Exactement comme dans Caramel de Nadine Labaki, sorti à l’été 2007, des femmes (libanaises dans Caramel, ici palestiniennes de Gaza), se retrouvent dans un salon de beauté. S’ensuivent des conversations sur la guerre qui gronde dehors, derrière les fenêtres; des débats sur leur condition d’épouse; des affrontements tour à tour larvés ou explosifs… Si la force du sujet retient parfois l’attention, le dispositif vire, hélas, très vite à l’artifice – les personnages sont réduits à un panel représentatif, l’hystérie est attendue et la vision politique absente.

Bernard Achour
4
Green Room par Eric Vernay

Cette Chambre verte repeinte en rouge sang confirme tout l’espoir placé sur les épaules de Jeremy Saulnier, après l’excellent Blue Ruin. Là encore, des individus lambda apprennent sur le tas comment zigouiller de vrais bad guys, dans le cadre non plus d’un polar vengeur mais d’un survival adolescent. Cet amateurisme dans l’art de l’assassinat, hérité du Fargo des frères Coen, fait tout le piment du cinéma de genre, à la fois gore et burlesque, de Saulnier. Il n’est pas si aisé de descendre proprement son prochain.

Eric Vernay
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Tout s'accélère par Mathias Averty

On le sait : on va trop vite et même le dire haut et fort ne nous fera pas ralentir. Au milieu de cette course mortelle, certains, pourtant, prennent du recul, comme Gilles, ce trader devenu professeur qui discute avec ses élèves des problèmes de notre monde hyperactif. Techniquement irréprochable, ce documentaire positif et plein de bon sens manque paradoxalement d’une certaine folie pour devenir inoubliable. À croire qu’il est toujours diffi cile d’égaler la puissance cathartique de Koyaanisqatsi, la fresque muette de Geoffrey Reggio, qui donnait à sentir la frénésie du monde moderne.

Mathias Averty
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Robinson Crusoé par Christophe Narbonne

Un jeune perroquet s’embête sur son île perdue au milieu de l’océan. Jusqu’au naufrage d’un bateau de pirates, dont le jeune Robinson est l’unique survivant avec deux matous sournois… Avec sa 3D très réussie (meilleure que dans certains blockbusters américains), cette version animée du roman classique écrit par Daniel Defoe prend des libertés amusantes avec l’œuvre originale. Le meilleur ami de Robinson s’appelle ainsi Mardi et c’est un volatile.

Christophe Narbonne
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L'origine de la violence par Damien Leblanc

En visite au camp de concentration de Buchenwald, un jeune professeur découvre une photo qui le pousse à enquêter sur son histoire familiale et sur la Seconde Guerre mondiale : avec ce récit adapté du roman de Fabrice Humbert, Elie Chouraqui livre un perturbant objet de cinéma. Car si les séquences au présent, centrées sur la recherche de vérité d’un héros un poil balourd, paraissent souvent minimalistes, elles laissent place à des flash-back qui jettent un regard intense sur la Shoah.

Damien Leblanc
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Blind Sun par Eric Vernay

Dehors, la fournaise. Des chiens errants, de la poussière, un enfer méditerranéen où l’eau manque, les incendies se multiplient et la population désargentée gronde, assoiffée. À l’intérieur, les riches se barricadent. Mais le calme apparent, sécurisé et climatisé de la villa surveillée par Ashraf laisse progressivement place à des visions angoissantes. Réel danger ou simples bouffées paranoïaques dues à un coup de chaud ?

Eric Vernay
3 Mekong Stories par Julia Bayer-Agostini

Dans le Saïgon du début des années 2000, un apprenti photographe se lie d’amitié avec un petit trafiquant de drogues et une danseuse de boîte de nuit. À travers cette chronique sensible sur le désir, le cinéaste vietnamien Phan Dang Di capture avec délicatesse un environnement en pleine mutation. Très inspiré par la photographie, Mekong Stories offre de sublimes visions nocturnes, basculant progressivement des plans hypnotiques de la vie citadine à une série d’images de la nature d’inspiration impressionniste.

Julia Beyer-Agostini
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Tout pour être heureux par Bernard Achour

Dans la foulée du rôle de l’écrivain désabusé d’Un début prometteur qu’il jouait à contre-emploi, Manu Payet serait-il en train de devenir le porteparole des trentenaires en crise? Cette fois-ci producteur de musique dont l’irresponsabilité fait voler le couple et la vie de famille en éclats, il habite avec de chouettes nuances cette chronique douce-amère un peu trop écrite pour dégager les vibrations générationnelles, manifestement visées.

Bernard Achour
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Les Malheurs de Sophie par Christophe Narbonne

L’année dernière, Valérie Donzelli a livré dans Marguerite & Julien son commentaire post-moderne d’une célèbre affaire de mœurs ayant agité la fin de la Renaissance. Au tour de Christophe Honoré d’y aller de sa relecture d’un mythe – littéraire celui-ci – relevant de "l’esprit français", ce mélange improbable de légèreté, de sérieux, d’élégance et de trivialité.

Christophe Narbonne
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Gardiens de la terre par Mathias Averty

Ce fascinant road-trip d’une famille en quête de sens réunit des interviews de vieux sages indigènes aux quatre coins du monde, qui n’avaient jamais été filmés auparavant. Et leur philosophie aux antipodes de la nôtre est si lumineuse qu’elle efface sans effort le manque de mise en scène et de moyens de l’ensemble. Un voyage initiatique passionnant.

Mathias Averty
2 D'une pierre deux coups par Bernard Achour

 Un faire-part de décès pousse une mamie de banlieue à s’enfuir le temps d’une journée en Algérie pour y revisiter son douloureux passé. Le film est sincère, mais à force de miser sur la corde sensible, l’humour feel good et la bonhomie surlignée de son héroïne, il ne dépasse pas suffisamment le cadre simpliste et le pittoresque pour se faire aimer autant qu’il le voudrait.

Bernard Achour
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Fritz Bauer par Isabelle Danel

L’homme qui obtint l’extradition et le procès d’Adolf Eichmann, haut fonctionnaire SS chargé de l’extermination des juifs d’Europe, est un héros de l’ombre. Ce film lui rend hommage avec un réel sens du rythme et du suspense. Seul bémol, les scénaristes ont campé un procureur homosexuel un peu trop caricatural. Un brûlot historique efficace et porteur de vérité.

Isabelle Danel
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Dieu ma mère et moi par Isabelle Danel

Gonzalo, 30 ans, amoureux de sa cousine, en échec à l’université, veut faire acte d’apostasie et disparaître des "fichiers" de l’Église catholique. Entre fable absurde à la Buñuel et conte philosophique façon Italo Calvino, le troisième long du réalisateur de La Vida Útil est une réussite : il rend distrayante une crise existentielle ! 

Isabelle Danel
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Free to Run par Caroline Veunac

Autrefois, l’être humain ne courait qu’en cas d’absolue nécessité. Dans les 60s, une poignée de joggers prend l’habitude de courir dans les rues du Bronx, sous le regard éberlué des passants. Aujourd’hui, le running est devenu une activité universelle. Free to Run raconte la révolution qui vit un petit groupe de pionniers donner naissance au marathon de New York. Le film tend le micro à des passionnés tels que Kathrine Switzer, militante historique de la participation des femmes à la course sportive.

Caroline Veunac
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Marie et les naufragés par Isabelle Danel

Siméon s’éprend de Marie qui a quitté Antoine. Siméon suit Marie et Antoine les suit... Il y a un ton Betbeder, palpable dans ses courts métrages et son deuxième long, 2 automnes, 3 hivers. Ici, il s’amuse encore plus côté forme, dans les scènes où les héros (casting impeccable), face caméra, racontent leur enfance et les moments-clés de leur vie. Il joue du récit dans le récit puisqu’Antoine est écrivain et fait de Marie et Siméon les personnages de son roman...

Isabelle Danel
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Grimsby par Damien Leblanc

Après Ali G, Borat, Brüno et The Dictator, Sacha Baron Cohen (acteur et coscénariste) s’attaque à la comédie d’espionnage et campe un fan de foot décérébré qui assiste son frère agent secret. Plutôt que de réinvestir les codes de l’élégance british (comme le faisait l’année passée Kingsman), l’ambition consiste évidemment ici à repousser les limites de l’humour gras, tout en caricaturant à l’envi les familles d’alcooliques du nord de l’Angleterre.

Damien Leblanc
3 Per Amor Vostro par isabelle Danel

Une femme napolitaine, mère de trois enfants, épouse d’un usurier violent, aux prises avec ses fantômes et un nouveau boulot, se retrouve sur le plateau de tournage d’un feuilleton dont la vedette masculine lui fait les yeux doux. En noir et blanc et parfois en couleurs, ce deuxième long de Giuseppe M. Gaudino filme dans la tête d’Anna une chronologie des faits chahutée. Tant de confusion pour conter la confusion donne un résultat bigarré, foutraque et assez déroutant.

Isabelle Danel
3 Le Bois dont les rêves sont faits par Bernard Achour

Après sa magnifique immersion claustrophobe dans la population grouillante de la gare du Nord, c’est dans l’espace à ciel ouvert du bois de Vincennes que Claire Simon poursuit sa déambulation documentaire. Au programme de ce qui commence à ressembler à un filon: des rencontres de hasard (un homo dragueur, une prostituée joviale, des réfugiés du Cambodge, des ingénieurs des Eaux et Forêts); des pauses contemplatives ; et une voix off dont le texte très écrit oscille entre poésie et mysticisme ampoulé...

Bernard Achour
3 Vendeur par Bernard Achour

Voilà un film qui croit dur comme fer à son sujet. En décrivant les relations entre un "fourgueur" surdoué de cuisines industrielles et son fils (qu’il accepte de former à la vente pour le sortir d’une mauvaise passe), le réalisateur et coscénariste Sylvain Desclous semble sortir ses tripes. Portrait d’un homme dévoré par son métier, évocation mélancolique d’une prise de conscience tardive, approche bouleversée des rapports père-fils, on ne peut guère lui tenir rigueur, (pas plus qu’à ses comédiens d’ailleurs), d’un manque d’implication.

Bernard Achour