5
Ma Loute

Il y a deux ans, Bruno Dumont avait été un peu chagriné que Thierry Frémaux ne daigne pas faire une place à son P’tit Quinquin dans la Sélection officielle. Aujourd’hui, les rancœurs sont oubliées et tout ça ne paraît plus si grave que ça : la série d’Arte a quand même été un triomphe public et critique, et on la regardera sans doute un jour comme une sorte de galop d’essai, un vaste laboratoire à ciel ouvert duquel le cinéaste a fini par extraire l’impressionnant Ma Loute.

Frédéric Foubert
4
Paterson

A cause de sa légèreté et de son apparente désinvolture, on serait tenté de qualifier le dernier film de Jim Jarmusch de mineur. Mais ce serait probablement autant une erreur que de prendre pour de l'ironie l'humour à froid du new-yorkais. Il se livre ici à une réflexion amusée sur les rapports entre l'art et la vie quotidienne, le professionnalisme et l'amateurisme, la poésie et la prose. Le procédé est très simple : la vie de Paterson, un conducteur de bus, est réglée comme du papier à musique.

Gérard Delorme
4
Rester vertical

Comme il le dit lui-même, Alain Guiraudie pratique un "cinéma de la rêverie" dans lequel la mythologie se confond avec le réel, où les personnages, animés d’intentions floues, nouent des relations aussi concrètes qu’abstraites. Comme L’inconnu du Lac, Rester vertical débute sur une rencontre hasardeuse dans un endroit incongru : un homme sans but apparent, Léo, fait la connaissance d’une bergère, Marie, sur les hauts pâturages. Elle l’emmène chez son père qui a l’air d’un ogre. Ils baisent.

Christophe Narbonne
3
Loving

Immense cinéaste lyrique ou petit maître indé ? Nouveau génie de la mythologie sudiste ou humble artisan de mélo intimes ? On attendait Loving pour se faire enfin une idée. A ce jeu-là, c'est une déception. 

Frédéric Foubert
4
The Neon Demon

C’est l’espoir secret d’une partie non négligeable de la fanbase de Nicolas Winding Refn : que l’esthète danois réalise à nouveau un jour un film aussi cool que Drive, un petit classique pop instantané dont tous les éléments (la musique, les fringues, la typo du titre…) iraient se loger direct dans la conscience collective. Mais Drive était en réalité un malentendu.

Frédéric Foubert
4
Mal de Pierres

Avec Mal de Pierres, Nicole Garcia signe un grand mélo au classicisme épuré. Marion Cotillard impressionne.

Christophe Narbonne
4
La Fille inconnue

Récompensés à chacune de leur venue à Cannes, les frères Dardenne font partie du cercle fermé des cinéastes "bipalmés" -pour Rosetta et L’Enfant. La passe de trois est-elle possible ? On ne peut évidemment rien affirmer mais La Fille inconnue ne semble pas en mesure de la réaliser.

Christophe Narbonne
5
Julieta

Le cinéaste espagnol revient au sommet de son cinéma avec un drame à la fois lumineux et austère mais d’une beauté terrassante.

Vanina Arrighi de Casanova
0
Ma'Rosa

Attendue sur la foi de ses premières images comme une balade coup de poing dans les faubourgs de Manille, Ma’ Rosa est surtout un drame néo-réaliste poussiéreux, qui témoigne de l’impact désastreux de l’esthétique Dardenne sur l’art et essai globalisé. C’est le récit de la nuit d’angoisse d’une famille vivotant de petits trafics, arrêtée par des flics corrompus, et qui va devoir sillonner la ville pour trouver de quoi payer la caution.

Frédéric Foubert
5
American Honey

Andrea Arnold affirme un peu plus son regard lyrique et sensoriel en suivant le parcours d'une jeune femme au milieu d'une communauté de paumés. Hypnotique 

Frédéric Foubert
3
Le Client

Le nouveau film d’Asghar Farhadi fait le job. Sans plus.

Christophe Narbonne
2
Personal Shopper

Olivier Assayas filme un nouveau pensum théorique sur la modernité et l'ultra-solitude. Neurasthénique malgré la présence de K-Stew.

Frédéric Foubert
0
Baccalauréat

Lauréat de la Palme d’Or en 2007, le réalisateur de 4 mois, 3 semaines, 2 jours revient avec un film encore très fort.

Christophe Narbonne
2
Juste la fin du monde

Le prodige de Mommy livre un huis clos théâtral, étouffant et ennuyeux.

Sylvestre Picard
2
Moi, Daniel Blake

Inattaquable sur le fond, le dernier Ken Loach l’est sur la forme et sur le traitement.

Christophe Narbonne
5
Divines

Dounia et Maïmouna, les meilleures copines du monde, rêvent d'argent facile et se mettent au service de Rebecca, la caïd de leur cité pourrie. Ce résumé ne saurait réellement rendre justice à la baffe de cinéma que colle dès son ouverture Divines d'Houda Benyamina, premier long présenté à la Quinzaine des réalisateurs et récompensé par la Caméra d'or au Festival de Cannes 2016.

Sylvestre Picard
5
Toni Erdmann

Winfried Conradi (joué par un impressionnant acteur autrichien, Peter Simonischeck) est un vieux monsieur facétieux qui fait des blagues tout le temps mais qui a raté l’essentiel : sa fille. Cette femme d’affaires établie à Bucarest est distante et malheureuse, Winfried le sent et va tout faire pour la sortir de son impasse existentielle. Il va « s’inviter » à Bucarest et semer la pagaille dans la vie très organisée d’Ines en s’inventant le personnage de Toni Erdmann, un vieux beau portant perruque et dentier apparent.

Christophe Narbonne
4 John From par Damien Leblanc

Rita, 15 ans, passe de paisibles vacances d’été dans son quartier et se prend de fascination pour le Pacifique Sud grâce à l’exposition photographique de son nouveau voisin. En montrant comment deux univers (le Portugal urbain et les îles paradisiaques) se fondent progressivement l’un dans l’autre, cette rêverie amoureuse crée par ses couleurs chaleureuses une atmosphère digne d’un tableau de Gauguin.

Damien Leblanc
0
Wonderland par Christophe Narbonne

Il aura fallu pas moins de dix cinéastes helvètes pour réaliser ce film d’apocalypse dans lequel la Suisse, menacée par un nuage radioactif, révèle son visage: celui d’un pays xénophobe, cynique et opportuniste. S’il voulait susciter une catharsis nationale, Wonderland ne s’y prendrait pas autrement. Mais quel affreux pensum, lourdingue et neurasthénique !

Christophe Narbonne
4 Mobile étoile par Isabelle Danel

Hannah est chanteuse, son mari pianiste et leur fils violoniste. En famille, ils dirigent une chorale dédiée aux musiques liturgiques juives françaises de la fin du XIXe  siècle. Tourné à Montréal, ce film mélange les langues et les voix, les accents et les mélodies, il donne à voir et à entendre la passion pour une musique oubliée et vouée à disparaître si personne ne s’en empare. Sous une apparence factuelle (trouver des subventions, répéter, exhumer une partition...), Mobile Étoile se développe comme un aria, prend de l’ampleur au fil de la projection.

Isabelle Danel
3
Maggie a un plan par Frédéric Foubert

Ça y est, c’est officiel: le "Greta Gerwig movie" est un genre à part entière. Qu’elle se nomme Frances Ha, Mistress America, ou Maggie, comme ici, l’actrice joue la même fille: une intello névrosée qui arpente New York en cherchant un sens à sa vie. Dans le registre, la première demi-heure de Maggie a un plan est parfaite: la danse sur "A Message to You, Rudy, Ethan Hawke, les blagues sur le don de sperme... Puis ça se met à ressembler à du Woody Allen en mode random, sans véritable enjeu, ni émotion, ni même une punchline rigolote.

Frédéric Foubert
4
Dalton Trumbo par Gérard Delorme

Il n’est jamais inutile de rappeler l’Histoire, et Jay Roach le fait aussi sérieusement que les frères Coen évoquaient la même période sur le ton de la comédie dans Ave César! Cette fois, aucun aspect de cette triste affaire n’est passé sous silence: la campagne de délation, les lâchetés, les injustices, les amitiés et les vies détruites. Mais la tentation de l’amertume est contrebalacée par le point de vue choisi, celui d’un artiste exemplaire, géné- reux, constructif et tolérant.

Gérard Delorme
2
Dégradé par Bernard Achour

Exactement comme dans Caramel de Nadine Labaki, sorti à l’été 2007, des femmes (libanaises dans Caramel, ici palestiniennes de Gaza), se retrouvent dans un salon de beauté. S’ensuivent des conversations sur la guerre qui gronde dehors, derrière les fenêtres; des débats sur leur condition d’épouse; des affrontements tour à tour larvés ou explosifs… Si la force du sujet retient parfois l’attention, le dispositif vire, hélas, très vite à l’artifice – les personnages sont réduits à un panel représentatif, l’hystérie est attendue et la vision politique absente.

Bernard Achour
4
Green Room par Eric Vernay

Cette Chambre verte repeinte en rouge sang confirme tout l’espoir placé sur les épaules de Jeremy Saulnier, après l’excellent Blue Ruin. Là encore, des individus lambda apprennent sur le tas comment zigouiller de vrais bad guys, dans le cadre non plus d’un polar vengeur mais d’un survival adolescent. Cet amateurisme dans l’art de l’assassinat, hérité du Fargo des frères Coen, fait tout le piment du cinéma de genre, à la fois gore et burlesque, de Saulnier. Il n’est pas si aisé de descendre proprement son prochain.

Eric Vernay
3
Tout s'accélère par Mathias Averty

On le sait : on va trop vite et même le dire haut et fort ne nous fera pas ralentir. Au milieu de cette course mortelle, certains, pourtant, prennent du recul, comme Gilles, ce trader devenu professeur qui discute avec ses élèves des problèmes de notre monde hyperactif. Techniquement irréprochable, ce documentaire positif et plein de bon sens manque paradoxalement d’une certaine folie pour devenir inoubliable. À croire qu’il est toujours diffi cile d’égaler la puissance cathartique de Koyaanisqatsi, la fresque muette de Geoffrey Reggio, qui donnait à sentir la frénésie du monde moderne.

Mathias Averty
4
Robinson Crusoé par Christophe Narbonne

Un jeune perroquet s’embête sur son île perdue au milieu de l’océan. Jusqu’au naufrage d’un bateau de pirates, dont le jeune Robinson est l’unique survivant avec deux matous sournois… Avec sa 3D très réussie (meilleure que dans certains blockbusters américains), cette version animée du roman classique écrit par Daniel Defoe prend des libertés amusantes avec l’œuvre originale. Le meilleur ami de Robinson s’appelle ainsi Mardi et c’est un volatile.

Christophe Narbonne
3
L'origine de la violence par Damien Leblanc

En visite au camp de concentration de Buchenwald, un jeune professeur découvre une photo qui le pousse à enquêter sur son histoire familiale et sur la Seconde Guerre mondiale : avec ce récit adapté du roman de Fabrice Humbert, Elie Chouraqui livre un perturbant objet de cinéma. Car si les séquences au présent, centrées sur la recherche de vérité d’un héros un poil balourd, paraissent souvent minimalistes, elles laissent place à des flash-back qui jettent un regard intense sur la Shoah.

Damien Leblanc
4
Blind Sun par Eric Vernay

Dehors, la fournaise. Des chiens errants, de la poussière, un enfer méditerranéen où l’eau manque, les incendies se multiplient et la population désargentée gronde, assoiffée. À l’intérieur, les riches se barricadent. Mais le calme apparent, sécurisé et climatisé de la villa surveillée par Ashraf laisse progressivement place à des visions angoissantes. Réel danger ou simples bouffées paranoïaques dues à un coup de chaud ?

Eric Vernay
3 Mekong Stories par Julia Bayer-Agostini

Dans le Saïgon du début des années 2000, un apprenti photographe se lie d’amitié avec un petit trafiquant de drogues et une danseuse de boîte de nuit. À travers cette chronique sensible sur le désir, le cinéaste vietnamien Phan Dang Di capture avec délicatesse un environnement en pleine mutation. Très inspiré par la photographie, Mekong Stories offre de sublimes visions nocturnes, basculant progressivement des plans hypnotiques de la vie citadine à une série d’images de la nature d’inspiration impressionniste.

Julia Beyer-Agostini
3
Tout pour être heureux par Bernard Achour

Dans la foulée du rôle de l’écrivain désabusé d’Un début prometteur qu’il jouait à contre-emploi, Manu Payet serait-il en train de devenir le porteparole des trentenaires en crise? Cette fois-ci producteur de musique dont l’irresponsabilité fait voler le couple et la vie de famille en éclats, il habite avec de chouettes nuances cette chronique douce-amère un peu trop écrite pour dégager les vibrations générationnelles, manifestement visées.

Bernard Achour