3 Tour de France

Dans ce buddy-movie qui associe un jeune rappeur en rupture de ban et un vieux maçon amateur de peinture, Rachid Djaïdani (Rengaine) fait se rencontrer la France des quartiers, rebelle et créative, et la France profonde, soumise et laborieuse. Quand Far’Hook écrit ses rimes avec son sang, Serge peint à la façon d’un maître académique, spécialiste des marines. Il y a évidemment du bon et du mauvais à prendre chez l’un et chez l’autre, constat que Djaïdani souligne avec une simplicité qui confine à l’évidence.

Christophe Narbonne
3
Polina, danser sa vie

C’est un récit d’apprentissage dans le milieu de la danse, un Rocky de poche avec des entrechats à la place des crochets du droit.

Frédéric Foubert
3
Gorge Coeur Ventre

Documentaire ? Fiction ? Le premier long métrage de Maud Alpi est une énigme, brillamment entretenue par l’intéressée qui fait d’un réel abattoir le décor morbide d’un récit décousu que traversent un jeune homme (employé du lieu et acteur occasionnel) et son chien. Vous suivez ? En fait, la vérité sur le genre du film importe peu. Ce qui compte, c’est que ce soit un vrai et bel objet de cinéma, sensoriel, intrigant, éminemment plastique avec sa lumière et ses cadres travaillés qui installent une ambiance entre horreur et fantastique.

Christophe Narbonne
3
Trashed

On a beaucoup entendu parler ces derniers temps d'Avant le déluge, le documentaire écolo produit et narré par Leonardo DiCaprio, qui essaie, grâce à des images choc et une approche globale du problème (rencontrer des hommes politiques, des industriels etc.), d'éveiller les consciences sur les énormes conséquences du réchauffement climatique. Son message est clair : si l'on veut protéger la planète, il faut agir. Et vite. Trashed, présenté à Cannes en 2012, part du même principe, mais s'intéresse à un problème en particulier : les déchets.

Elodie Bardinet
4
Close Encounters with Vilmos Zsigmond

Il fut dans les années soixante-dix l’un des grands peintres du paysage américain. Sans doute le chef opérateur le plus important du Nouvel Hollywood. Vilmos Zsigmond avait fui les chars soviétiques en 1956, au moment où ceux envahissaient sa Hongrie natale, puis passé les sixties à bouffer de la vache enragée, avant de se retrouver soudain synchrone, à l’aube des seventies, avec une génération de cinéastes qui voulaient faire du cinéma autrement. Altman, Schatzberg, Cimino et les autres.

Frédéric Foubert
4
Democracy

Il y a deux documentaires en un dans Democracy : une réflexion très approfondie sur la protection des données, question qui a agité l’Europe avant d’agiter le monde suite aux révélations fracassantes d’Edward Snowden ; et un document précieux sur le fonctionnement des institutions européennes, qui devrait être projeté dans toutes les écoles du continent. Democracy raconte une histoire, celle du combat d’un jeune député vert allemand élu au Parlement européen, devenu rapporteur d’une loi sur la protection des données personnelles dans notre économie numérique.

Vanina Arrighi de Casanova
4
Swagger

Avant de désigner une attitude frimeuse dans le vocable de la jeunesse actuelle, le verbe "swagger" fut inventé par Shakespeare lui-même, dans Songe d’une nuit d’été : "Quels sont ces rustiques personnages qui font ici les fanfarons, si près du lit de la reine des fées ?" Quatre siècles plus tard, c’est dans un collège du 9-3 encadré par des tours HLM qu’Olivier Babinet a trouvé ses fanfarons.

Eric Vernay
4
Le Petit locataire

Enceinte à 49 ans, une joie ou un malheur ? A la tête d’une famille dysfonctionnelle (mari chômeur heureux, mère castratrice, fille-mère envahissante, petite-fille trop lucide, fils au large), Nicole ne se pose pas de question : elle ne peut pas se permettre de garder son "petit locataire". À moins que… Actrice de feel-good movie par excellence, surexpressive, capable de passer du burlesque à l’émotion en un clignement d’œil, Karin Viard imprime le tempo à ce premier film réussi et entraîne derrière elle une ribambelle de seconds rôles au diapason.

Christophe Narbonne
4
Les Animaux Fantastiques

Les Animaux fantastiques malgré certains défauts consacre la puissance de l’imaginaire de JK Rowling.

Pierre Lunn
2
2 nuits jusqu'au matin

Ce Lost in Translation qui rencontre Le Temps de l’aventure met en scène une architecte française qui vit une brève relation avec un DJ finlandais avec, pour cadre, un grand hôtel lituanien. Aux épais clichés sur l’ultramoderne solitude (les conversations par Skype, la star des platines désireuse "d’ordinaire"…) s’ajoute une systématisation qui tombe dans toutes les trappes tendues par un scénario prétendant pourtant les éviter.  La délicate Marie-Josée Croze est impuissante. Christophe Narbonne

Christophe Narbonne
2
L'Invitation

Acteur discret, vu chez Thierry Klifa et Emmanuel Mouret, Michaël Cohen avait fait parler de lui il y a six ans en réalisant Ça commence par la fin, premier film autofictif dans lequel il racontait crûment sa relation amoureuse conflictuelle avec Emmanuelle Béart. On ne sait pas si L’Invitations’inspire à nouveau de sa vie, toujours est-il qu’il y raconte, sur un même mode cruel, l’amitié masculine avec tout ce qu’elle comporte d’orgueil mal placé, de comparaisons viriles et de franc-parler brutal qui fait aussi mal qu’un coup de poing dans la gueule.

Christophe Narbonne
2
L'Histoire de l'amour

En remontant la trace d’un manuscrit sud-américain, une jeune Américaine va croiser sa propre expérience de l’amour avec celle de l’auteur du roman dont le propre itinéraire est raconté en parallèle. D’ordinaire, on aime Radu Mihaileanu, son engagement, son sens du romanesque, sa foi dans l’homme, son baroque échevelé qui en font l’équivalent franco-roumain d’Emir Kusturica. La trop folle ambition de son nouveau film, incarné par le caractère définitif du titre, a cette fois raison de notre bienveillance.

Christophe Narbonne
2
Les Beaux Jours d'Aranjuez

De sublimes images de Paris en 3D sur la non moins sublime mélopée de Lou Reed, "A Perfect day". L’errance, la ballade folk. Tout Wenders est là, en quelques plans qui introduisent un peu faussement le film dont l’action se concentre sous une pergola, où deux personnages vont deviser longuement de la vie, de l’amour, du sexe.

Christophe Narbonne
2
Creative Control

Imaginez le Manhattan de Woody Allen version high-tech, avec une touche de satire à la Bret Easton Ellis sur le milieu cocaïné des "créatifs". Vous obtenez le premier film à moitié réussi de Benjamin Dickinson, qui s’est donné le rôle principal : celui d’un homme s’éprenant de la maîtresse de son meilleur ami qu’il observe avec des lunettes de réalité augmentée. Le film séduit d’abord par sa verve ironique, déployée dans un écrin léché (alternance du noir et blanc/couleur, miroitements).

Eric Vernay
3 Graine de champion

Une collection de trois courts-métrages documentaires sur de jeunes sportifs âgés d’une douzaine d’années : Ruben, qui pratique l’escrime au Danemark, Nastya, danseuse en Russie, et Chikara, sumotori au Japon. Trois gosses attachants. Mis bout à bout, ces petits portraits au style léger et aérien dessinent une sorte de chronique universelle sur le goût de l’effort, de la compétition et du dépassement de soi.

Frédéric Foubert
2
Inferno

Alors que Da Vinci Code était un nanar en carton même pas sauvé par une partition sublime de Hans Zimmer, Anges et Démons, sa suite, était un honnête thriller vaticanesque aussi invraisemblable qu'agréable avec conspirations, énigmes et une autre musique dingue de Zimmer. Le troisième de la saga, Inferno, commence assez fort : assailli de visions de l'Enfer de Dante, le super-prof de "symbiologie" Robert Langdon (Hanks en mode pépère) doit décrypter des énigmes à Florence pour empêcher un virus de tuer la moitié de l'humanité.

Sylvestre Picard
3 Brûle la mer

Si l'on était paresseux, on dirait que formellement Brûle la mer utilise un "procédé exigeant" : format carré, pellicule épaisse, énormes plans-séquences sur des paysages plus ou moins vides avec le récit du drame des migrants tunisiens en voix off. C'est ça, "brûler la mer" (c'est aussi le flow d'un rappeur dans le film) : faire de la poésie radicale plutôt que du documentaire en abolissant (brûlant) le lieu de la mer (source de poésie, tout ça est compliqué).

Sylvestre Picard
3
La Grande Course au fromage

Cette suite des aventures du hérisson peureux Ludvig, du canard téméraire Solan et de leur maître Feodor, découverts dans De la neige pour Noël (carton en Norvège), est assez rondement menée : on y suit nos trois héros au cours d’une course contre le village voisin dont l’enjeu a été négocié en secret par Solan, qui a mis en balance la maison et les inventions de son maître.

Christophe Narbonne
3
Le Client

La première séquence du Client est édifiante : on y voit un couple quitter précipitamment son immeuble en train de s’écrouler sous l’effet d’on se sait pas trop quoi (séisme ? travaux ?). Partant de là, Farhadi file la métaphore du délitement amoureux qu’un événement dramatique (une agression sexuelle qui ne dit pas son nom et qu’on ne verra pas ; comme toujours chez Farhadi, l’intrigue se construit autour d’un climax hors-champ) va mettre en lumière.

Christophe Narbonne
4
La Sociale

C’est l’histoire d’une réhabilitation : celle d’Ambroise Croizat, ce type qui a donné son nom à plein d’écoles sans qu’on trop sache qui il est. Gilles Perret, cinéaste engagé à qui l’on doit Les Jours heureux, épatant documentaire sur la rédaction du programme du Conseil national de la Résistance, se charge de nous le rappeler. À l’aide de témoignages, tous plus précieux les uns que les autres, il livre le portrait d’un homme de combat qui fut à l’origine de la mise en place de la Sécurité Sociale, en 1946.

Christophe Narbonne
4
Maman a tort

En quelques films (CopacabanaPauline détectiveLa Ritournelle), Marc Fitoussi a imposé son ton, situé quelque part entre Pierre Salvadori et Bruno Podalydès, entre la musique de chambre et la fanfare. Dans Maman a tort, il évoque une relation mère-fille à travers le prisme original du monde de l’entreprise. Soit Anouk, 14 ans, amenée à faire un stage au sein de la compagnie d’assurances où travaille Cyrielle, self-made-woman qui s’est construite à partir de rien.

Christophe Narbonne
4
Dernières nouvelles du cosmos

La forme de ce documentaire tourné avec une caméra HD familiale n’est pas sa force. Pour Julie Bertuccelli, il s’agit avant tout de capter au quotidien et au plus près l’extraordinaire énergie qui habite Hélène, poétesse autiste et vrai personnage de cinéma. Émotive, hyperexpressive, féminine, cette jeune trentenaire a la particularité de ne pouvoir s’exprimer qu’à travers l’utilisation de lettres découpées qu’elle agence, façon Scrabble.

Christophe Narbonne
4
Tu ne tueras point

Un très grand film de guerre, qui synthétise parfaitement les deux forces qui animent le cinéma de Mel Gibson : l'illumination et la violence.

Sylvestre Picard
3
Harry Potter à l'école des sorciers

Potions et baguettes magiques. A priori, quand un réalisateur et un écrivain s’entendent bien, l’adaptation du livre ne peut être que fidèle. Chris Columbus, le réalisateur, et J. K. Rowling, l’auteur des aventures d’Harry, ont travaillé dans ce but. À la manière de Star Wars, Harry Potter... se veut le premier épisode d’une saga. Il plante le décor, définit l’ambiance, et présente les personnages. L’entrée en matière ressemble un peu à la disparition de la voiture de Doc dans Retour vers le futur. L’histoire se met alors lentement en place et les caractères se dévoilent.

Pascale Meynial
4
Harry Potter et la chambre des secrets

Maman, j’ai peur ! Tous ceux qui avaient trouvé le premier opus des aventures d’Harry Potter relativement plan-plan vont apprécier cette deuxième livraison un peu plus proche du film d’action que la précédente. Même si la qualité de certains effets spéciaux reste discutable (Dobby est un peu bof), la multiplication des temps forts (enfin, le quidditch est devenu un sport spectaculaire!) pourra même filer les chocottes à certains petits. Mais, au moins, ça bouge.

Ghislain Loustalot
4
Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban

Magie noire. Alors que l’écran est encore noir, les premières notes de musique s’égrènent comme un avertissement. Il s’agit bien de la mélodie d’Harry Potter, mais on y perçoit quelques dissonances troublantes destinées à installer, bien avant la première image, le climat fantastique et les nombreux bouleversements souhaités par Alfonso Cuarón, le nouveau réalisateur de ce troisième épisode. Une volonté de rupture exprimée d’ailleurs sur l’affiche: "Tout va changer." De facto, ceux qui ne sont plus comme avant sont les enfants.

Ghislain Loustalot
4
Harry Potter et la coupe de feu

Mon sorcier bien-aimé

Gael Golhen
3
Food Coop

Documentaire "alternatif" dans la lignée du Demain de Mélanie Laurent, Food Coop parcourt les travées de la Park Slope Food Coop, une coopérative florissante créée à Brooklyn en 1973 : ses 16000 membres peuvent y acheter des produits alimentaires de très bonne qualité et à très bas prix, en échange de quelques heures de travail mensuel.

Frédéric Foubert
2
For This Is My Body

Baignée d'une lumière blafarde, cette rencontre entre une groupie (Audrey Bastien) et un rockeur en tournée (Carl Barât des Libertines) étouffe entre dialogues plats en franglais et silences pesants.

Clara Nahmias
3
Roseville

Dans un refuge de montagne isolé, un groupe d’amis se retrouve aux prises avec une mystérieuse force qui les traque jusque dans leurs cauchemars. Tourné en l’espace de trois petites semaines en 2013, Roseville est le premier thriller d’horreur 100 % bulgare. Sa trame résolument classique le ferait facilement passer pour un direct-to-DVD mineur : grossière erreur. Grâce à son atmosphère pesante, de vraies idées de mise en scène et un casting assez brillant, le jeu de massacre fait rapidement oublier qu’il s’inspire d’une formule maintes fois rabâchée.

François Léger