4
Fais de beaux rêves

Alors que la filmo de Marco Bellocchio est célébrée en ce moment même à la Cinémathèque française (rétrospective jusqu’au 9 janvier), et que son tout premier film (Les Poings dans les poches, 1963), vient d’être édité en DVD, le maître italien, 77 ans, sort en toute discrétion, presque sur la pointe des pieds, l’un des très beaux films de cette fin d’année.

Frédéric Foubert
4
Diamond Island

Sur la presqu’île de Koh Pich, qui prolonge Phnom Penh, doit s’ériger Diamond Island, un quartier de luxe pour riches touristes en goguette. Venue de la campagne pour l’essentiel, une jeunesse cambodgienne désargentée trime jour et nuit pour donner vie au rêve des promoteurs chinois. Des amitiés se nouent, des amours naissent. Le jeune Bora retrouve son frère aîné, Solei, disparu cinq ans auparavant sans explications. Il lui fait toucher du doigt l’espoir d’un avenir meilleur mais à quel prix ? Le spleen post-ado sur fond de néons violets et de musique electro.

Christophe Narbonne
5
Your Name

D'emblée Your Name choisit la voie du rêve, ou de la vision pure : certains matins, deux adolescents échangent leurs corps. L'un est un citadin cool, l'autre est une campagnarde héritière de traditions ancestrales. Il ne faudra pas aller au-delà de ce résumé pour laisser à Your Name toute la fraîcheur surprenante de sa narration. Le film tient toutes les promesses de ce pitch, et bien au-delà.

Sylvestre Picard
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La prunelle de mes yeux

L’amour est aveugle ? Axelle Ropert décide de prendre le proverbe à la lettre dans cette comédie romantique où un type arrogant se fait passer pour aveugle afin de draguer sa voisine non-voyante.

Frédéric Foubert
3
Joyeux Bordel

Un chef d’entreprise sympa et inconséquent doit signer un gros contrat sous peine de voir sa méchante sœur l’obliger à fermer boutique. Pour ce faire, il organise une énorme fête de Noël dans ses bureaux où il convie un client important.

Christophe Narbonne
3
A fond

Coréalisateur des deux Babysitting, Nicolas Benamou se lance en solo avec cette comédie déjantée high concept qui voit une famille bloquée dans une voiture folle sur la route des vacances. Fidèle au style qui a fait le succès de Babysitting, Benamou mise tout sur l’exagération : des situations, des gags, de l’interprétation. Mais tout le monde ne maîtrise pas les codes de cet humour particulier.

Christophe Narbonne
3
Monster Cars

D’horribles capitalistes ruinent une réserve écologique pour faire des profits et extraire du pétrole. Sans le savoir, ils vont délivrer des animaux étranges qui ressemblent à des pieuvres géantes, se nourrissent d’essence, et vont s’amuser à conduire des 4X4. Commencent une aventure échevelée pour un ado qui rêve de big trucks et de filles mais va se retrouver avec un poulpe sous son capot et des tentacules qui sortent de ses portières… Si vous avez plus de 9 ans, vous avez sans doute mieux à faire (regarder Transformers ou La dernière séance de Bogdanovitch ?

Gael Golhen
3
Mapplethorpe

Grâce aux cartes postales ou aux petits bouquins photos des bouquinistes, on croit connaître l’œuvre de Mapplethorpe - comme celle de Doisneau ou de Keith Haring. On retient surtout l’iconique trash : le SIDA, la rivalité avec Warhol, le cul SM, la quête de la perfection formaliste à travers les bites, les fleurs ou les autoportraits… Le film Look at the pictures tente de cerner d’un peu plus près cet artiste provoc et génial (provoc mais génial ?) et retrace les grandes étapes de sa vie et de sa carrière.

Gael Golhen
4
La Bataille géante de boules de neige

Réalisateur de La grande séduction (2003), l’un des plus gros cartons au box-office québécois, Jean-François Pouliot n’a plus fait grand-chose depuis. Avec ce remake animé d’un classique local, il fait de nouveau parler de lui, La Guerre des Tuques 3D (le titre original) étant rapidement devenu le film d’animation québécois le plus rentable de tous les temps.

Christophe Narbonne
5
Quand une femme monte l'escalier

"Quand les employées de bureau rentrent chez elle, nous commençons à travailler". La voix off est mélancolique, le sujet, puissant : Mikio Naruse fait le portrait d’hôtesses de bar tokyoïtes des années 60, des filles perdues, désirées par les hommes mais pas assez respectables pour les retenir. Mama est l’une d’elles, la plus belle, la plus digne. Bien qu’acculée par les dettes, elle résiste aux séducteurs. Combien de temps encore ?

Christophe Narbonne
4
Paterson

À cause de sa légèreté et de son apparente désinvolture, on serait tenté de qualifier le dernier film de Jim Jarmusch de mineur. Mais ce serait probablement autant une erreur que de prendre pour de l’ironie l’humour à froid du New-Yorkais. Celui-ci se livre ici à une réflexion amusée sur les rapports entre l’art et la vie quotidienne, le professionnalisme et l’amateurisme, la poésie et la prose. Le procédé est très simple : la vie de Paterson (Adam Driver), un chauffeur de bus, est réglée comme du papier à musique.

Gérard Delorme
0
Wonderland

Il aura fallu pas moins de dix cinéastes helvètes pour réaliser ce film d’apocalypse dans lequel la Suisse, menacé par un nuage radioactif, révèle son visage : celui d’un pays xénophobe, cynique et opportuniste. S’il voulait susciter une catharsis nationale, Wonderland ne s’y prendrait pas autrement. Mais quel affreux pensum, lourdingue et neurasthénique !

Christophe Narbonne
3
Une semaine et un jour

Un couple vient de perdre son enfant. On les découvre au terme de la Shiv’ah, la semaine de recueillement qui suit la mort d’un proche dans la tradition juive. Si la mère s’apprête à reprendre le cours de sa vie, le père, lui, s’y refuse, et tente de retenir le temps en multipliant les activités régressives dans un comportement lunatique inquiétant. Tout, sauf retourner à la normale.

Vanina Arrighi de Casanova
4
Heart of Glass

« J’avais de grands rêves. Je ne savais pas où j’allais. Je cherchais une raison de vivre » À cause de son douloureux passé entre l’Afrique et la France, Jeremy Maxwell Wintrebert s’est longtemps demandé ce qu’il allait faire de sa vie. Sa voie, il l’a trouvée dans le verre. Une matière qui l’a blessé grièvement par deux fois, dont un accident de voiture aux États-Unis durant lequel il a traversé un pare-brise. Devenu depuis artisan, il souffle le verre pour mieux le dompter, et réalise aussi bien des oeuvres d’art uniques que des créations pour le grand public.

François Léger
3
Ballerina

Qu’on ne s’y trompe pas,  Ballerina est avant tout un dessin animé pour enfants. Inutile donc d’y chercher un second degré, voire un troisième, susceptible d’offrir aux parents qui accompagneront leurs progéniture une lecture personnelle du film. Cependant, ce parti pris n’empêche pas d’apprécier les aventures hautes en couleurs de Félicie et de Victor, les deux héros du film échappés d’un orphelinat breton pour monter à la capitale afin d’y vivre leurs rêves : entrer à l’Opéra et devenir danseuse pour l’une, devenir inventeur pour l’autre.

Nicolas Bellet
4
La jeune fille sans mains

Une jeune fille est vendue au Diable par son père. Sa pureté la sauve et lui permet de s’échapper, mais elle en perd ses mains. Errant dans la nature, elle finit par trouver un prince charmant, ce qui est loin de marquer la fin de son aventure. Variation sur un conte méconnu des frères Grimm, ce film d’animation primé à Annecy, malgré sa structure classique, est constamment déroutant et dégage un fort sentiment d’étrangeté.

Vanina Arrighi de Casanova
2
Personal Shopper

Olivier Assayas et Kristen Stewart poursuivent leur romance ciné, deux ans après Sils Maria (qui a valu un César à l’actrice). Juliette Binoche ne fait plus partie de l’équation mais K-Stew reprend son emploi de jeune femme à tout faire (après avoir géré l’emploi du temps d’une grande actrice dans le précédent, elle achète ici des fringues pour une insaisissable jet-setteuse), dans cette nouvelle variation sur l’Eve de Mankiewicz, encore plus abstraite et éthérée que la précédente.

Frédéric Foubert
4
Cigazrettes

Monteuse attitrée de Rémi Bezançon (Le premier jour du reste de ta vieZarafa), Sophie Reine partage avec son mentor le goût des chroniques intimistes contaminées par la dinguerie et l’émotion. Elle y fait le portrait de Denis, veuf qui élève ses deux filles selon une méthode atypique et, surtout, selon ses moyens limités. Ancien gauchiste, il privilégie le bordel et l’autogestion ; employé modeste, il fait des économies sur tout et n’importe quoi, recyclant tout ce qu’il peut.

Christophe Narbonne
5
manchester by the sea

Il est beau, ce titre. Pas sûr que les Américains en saisissent tout le charme. Pour nous, Européens, fans de foot ou allergiques au foot, fans de José Mourinho ou allergiques à José Mourinho, Manchester évoque l’Angleterre industrielle, la grisaille, les ciels bas, les pintes de Guinness, les chants à tuetête, les supporters coiffés comme Noel Gallagher, bref, tout un tas de choses qui n’ont rien à voir avec la mer. Manchester by the Sea, pour nous, c’est déjà un oxymore, un effet de style, presque de la poésie.

Guillaume Bonnet
5
Rogue One : A Star Wars Story

Tout le monde connaît désormais l’histoire de Rogue One, mais rappelons quand même le principe : c’est le premier spin-off de la saga Star Wars, qui s’attache à un détail que tout le monde connaît mais ignore depuis 40 ans : Une petite phrase qui n’existait que pour introduire une histoire, la grande histoire, celle des Skywalker qui s’écrit depuis 1977 et n’a toujours pas été conclue. L’idée de tirer un film de ce détour de phrase est en soi surexcitante. Et le résultat ? A la hauteur. Largement.

Vanina Arrighi de Casanova
4
Baccalauréat

Romeo est un docteur honorable, un père aimant et un mari insuffisant. Rien d’anormal. Le jour où sa fille chérie est agressée, son système de valeurs s’écroule : pour aider celle-ci, forcément perturbée, à obtenir son baccalauréat, et ainsi valider la bourse de celle-ci en Angleterre à laquelle ses excellents résultats scolaires lui ont permis de prétendre, Romeo va devoir aller voir les mauvaises personnes (un flic corrompu, un politicien véreux, un proviseur redevable) pour « faciliter » les examens d’Eliza.

Christophe Narbonne
5
papa ou maman 2

A la fin de Papa ou maman, Laurent Lafitte débarque d’un avion et retrouve Marina Foïs enceinte, avec leurs trois enfants, après s’être engueulés pendant une heure trente pour savoir qui aurait la garde des mômes. Leur regard à ce moment-là est étrangement amoureux, ambigu. Suffisamment pour qu’on se demande s’ils ne vont pas se remettre ensemble. Deux ans ont passé.

Gael Golhen
2
Go Home

Exilée en France, Nadia revient dans sa maison d’enfance au Liban, où son grand-père a disparu durant la guerre civile. Persuadée qu’il est mort en martyr, la jeune femme tente d’éclaircir le mystère familial. Elle a deux ennemis : les villageois, hostiles et peu enclins à remuer le passé, et ses propres fantasmes. Et si la vérité sur son aïeul était moins glorieuse que prévu ? Jalonné de fl ashbacks, le fi lm prend la forme d’une enquête criminelle et intimiste. Il s’agit de sortir les cadavres du placard tout en questionnant les rapports diffus entre identité et racines géographiques.

Eric Vernay
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Sex Doll

Cinéaste du spleen et de la rage punk (Un frère, Princesses, Confession d’un enfant du siècle), Sylvie Verheyde filme la trajectoire d’une prostituée insouciante que sa rencontre avec un mec paumé, sorte d’ange destroy, va faire redescendre sur terre. Toutes les scènes de sexe, filmées à la bonne distance, sont réussies et installent un malaise perceptible touchant à l’exploitation de ces jeunes femmes qui, pour certaines (l’héroïne), croient maîtriser leurs destins et, pour d’autres, sont victimes de leur condition.

Christophe Narbonne
2
A jamais

Après trois films, disons, grand public (Les Adieux à la reine, 3 cœurs, Journal d’une femme de chambre), Benoît Jacquot revient à ce cinéma d’auteur un peu aride qui a fait sa réputation. Il raconte comment la maîtresse d’un cinéaste se perd dans le souvenir de cet homme, mort brutalement dans un accident de la route. Située pour l’essentiel dans une grande demeure fouettée par le vent, l’action fait la part belle au rêve et au fantasme avec une économie de moyens (tournage en DV plate) qui frise l’amateurisme.

Christophe Narbonne
3
Algérie du possible

En revenant sur les circonstances (mystérieuses) de la mort de son père, militant anticolonialiste, avocat du FLN et conseiller du régime à l’indépendance du pays, la réalisatrice d’Algérie du possible esquisse en filigrane un panorama de la révolution algérienne, cette période de guerre et de l’après-guerre surtout, quand le pays fut un temps le "Phare du Tiers Monde", le refuge des révolutionnaires et la tête de pont des non-alignés.

Vanina Arrighi de Casanova
3
Salt and Fire

Depuis onze ans, Werner Herzog a passé la surmultipliée en tournant en moyenne plus d’un film ou documentaire par an. Forcément, il y a un peu de déchet. Salt and Fire, s’il appartient à sa veine de films d’aventures existentiels, peine à égaler la puissance d’évocation et visionnaire d’Aguirre ou de Fitzcarraldo. Il y filme l’enlèvement d’une scientifique par un entrepreneur dont elle a dénoncé des agissements susceptibles de provoquer un désastre écologique.

Christophe Narbonne
3
Tikkoun

Tikkoun est une expérience. Un film à part sur une crise de foi et la volonté d’une autre vie. Haïm-Aaron est un jeune juif de Jérusalem, qui effectue de brillantes études dans une yeshiva (centre d'étude de la Torah et du Talmud) ultra orthodoxe. Alors qu’il s’impose un jeûne extrême, il perd connaissance. Les médecins s’acharnent et finissent par le déclarer mort. Mais son père tente un massage cardiaque et le ramène finalement à la vie.

François Léger
3
Premier Contact

Depuis Le jour où la Terre s’arrêta, de Robert Wise (1951), on sait qu’il peut s’avérer aussi divertissant de dialoguer avec les extraterrestres que de leur taper dessus. Mais la liste des cinéastes qui ont tenté le coup incite à l’humilité. Wise donc, Spielberg (Rencontres du troisième type), Cameron (Abyss), Zemeckis (Contact) et, hum, un certain Stanley Kubrick (2001), s’y sont frottés. Les films en question n’étaient pas trop mal. Premier Contact s’inscrit dans cette lignée écrasante.

Guillaume Bonnet
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La Danse des accrochés

Présenté comme "la première fiction sur le bracelet électronique", La Danse des accrochés ne brille pas par son plan com. Qui a envie d’aller voir un film sur un thème pareil ? Faisons donc comme si on ne savait pas.

Christophe Narbonne