3
Critique Jeudi 11 Janvier 2007 5:29:00 pm

Dans une Russie en panne économique et sociale, l’orphelinat du film est le lieu de tous les trafics. Le directeur alcoolique et la responsable des adoptions corrompue en prennent pour leur grade ; le petit monde des enfants, rude mais solidaire, distille l’espoir d’une humanité non anéantie. Au centre du récit, un enfant obstiné cherche sa mère. Proche du documentaire par son traitement, cette fiction (qui risque de diaboliser l’adoption dans les pays de l’Est) est à la fois effrayante et touchante.

Isabelle Danel
4
Critique Jeudi 11 Janvier 2007 5:27:00 pm

Ce film va diviser. Les habitués de Lynch, rassurés tout au long d’un parcours dont ils ont appris à reconnaître les signes, seront d’autant plus satisfaits que l’aventure était risquée. Les autres penseront que Lynch est allé trop loin , et séduit trop peu pour donner envie de faire l’effort de participer. Tant pis pour eux. (…) Se laisser aller, c’est s’offrir une expérience stupéfiante dont on ne regrettera pas une minute. Il y en a 172. Et un conseil : ne ratez pas le générique de fin.

Gérard Delorme
2
Critique Jeudi 11 Janvier 2007 5:20:00 pm

Au croisement des frontières de la Turquie, de l’Irak et de l’Iran, un villageois kurde retourne chez lui pour se marier, mais un incident avec l’armée turque l’oblige à se réfugier en Iran. Mêlant road movie et dossier à charge, Dol dresse un tableau fragmentaire (forcément) d’un pays écartelé, s’attardant sur quelques cas particuliers assez symptomatiques. Edifiant, même si un peu confus.

Gérard Delorme
2
Critique Jeudi 11 Janvier 2007 5:18:00 pm

Au départ, une excellente -bien que classique- idée de court-métrage : un employé de supermarché insomniaque trompe son ennui en suspendant le temps : il en profite pour déshabiller les belles filles et se rincer l’oeil. En 18 minutes, le film avait son petit effet dans les festivals, incitant son auteur à l’étendre en long-métrage. Las : tout ce qu’il a rajouté manque de souffle autant que de vision, et trahit une certaine beauferie insoupçonnable auparavant. Au moins, il s’est fait une carte de visite.

Gérard Delorme
4
Critique Jeudi 11 Janvier 2007 5:16:00 pm

Un plafond rouge sang d’où pend une ampoule électrique, une femme de dos au chignon entrelacé, les reliefs d’un repas… William Eggleston, né en 1939 dans le Sud des Etats-Unis, n’a certes pas inventé la photographie en couleur, ni l’art du détail, et pourtant… Les deux metteurs en scène français entreprennent avec lui et sa famille un voyage en douze chapitres, jeu de piste et de rôles où l’artiste a bien du mal à mettre des mots sur ce qu’il fait –semble-t-il– comme il respire. Chaque tranche de ce portrait-puzzle riche et inventif forme un tout fascinant.

Isabelle Danel
4
Critique Jeudi 11 Janvier 2007 5:00:00 pm

Comme dans ses deux précédents films, Mel Gibson confirme ses obsessions machistes et un penchant irrépressible à montrer des hommes nus se faire torturer et éventrer. Mais Apocalypto prend une dimension supérieure en trouvant un équilibre entre style et substance. (…)

Gérard Delorme
3
Critique Jeudi 11 Janvier 2007 3:59:00 pm

Dix-sept ans, l’été, rien à faire, si peu à vivre. Emmanuelle habite une de ces banlieues parisiennes colonisées par les supermarchés sans âme. La mort de son père, le retour au lycée, les conflits avec sa mère : comme chez Pialat, «la tristesse durera toujours». Ce film contemplatif et peu aimable saisit crûment un âge (l’adolescence), une génération (les enfants des post-soixante-huitards) et une couche sociale (la classe moyenne militante PC) où les liens se sont désagrégés jusqu’à disparaître. C’est âpre et courageux, sincère et passionnant.

Isabelle Danel
4
Critique Jeudi 11 Janvier 2007 3:56:00 pm

Un petit film sympa pour le week end ? Dans le genre joyeux et rigolo, Blood Diamond parle des enfants soldats, des diamants de sang qui financent les massacres africains et des milliers de réfugiés parqués dans les camps sierra-léonais… Revenez : Zwick (à qui l’on doit le sous-estimé Dernier Samouraï) fusionne aventure et engagement avec brio. Derrière l'ironie, la « coolitude » de Léo et les péripéties se cache un pamphlet rageur et Blood Diamond sensibilise finalement mieux qu’une campagne UNICEF. Zwick parle de divertissement ?

Gael Golhen
4
Critique Jeudi 11 Janvier 2007 3:55:00 pm

L’atmosphère oppressante installée par Todd Field et magnifiquement relayée par la photo d’Antonio Calvache, de plus en plus irréelle à mesure que le dénouement approche, fait basculer le film dans le conte horrifique sans qu’on y ait vraiment pris gare. (…) Dommage que le film, finalement moralisateur, perde dans les toutes dernières minutes un peu de sa puissance de frappe.

Stéphanie Lamôme
4
Critique Jeudi 11 Janvier 2007 3:47:00 pm

On croyait Rocky à terre. On avait tort. Si Rocky Balboa part avec un lourd handicap (un boxeur de soixante piges qui remet les gants – mais oui…), il finit par mettre le spectateur KO. Gavé d’anabolisants, remonté à bloc, la machine Rocky repart : pas sur le mode du triomphalisme réac des années 80/90 (Rocky III, IV, V), mais sur un mode mélancolique et sombre. En regardant dans les yeux son personnage face à la mort, aux ombres et au vieillissement, Sly devrait faire chialer les plus costauds.

Gael Golhen
4
Critique Jeudi 11 Janvier 2007 3:36:00 pm

Dans la lignée de Constant gardener et Lord of war, Blood diamond s’appuie sur une formule hollywoodienne éprouvée (le film d’aventures africaines), pour porter à la connaissance du grand public un fait historique récent: le lien entre l’exploitation des diamants en Afrique et la guerre civile. (…) L’interprétation de premier ordre fait oublier les stéréotypes liés aux personnages : dans le rôle de l’aventurier cynique, Leo di Caprio montre ce qu’on attendait depuis longtemps : à 31 ans, il est devenu adulte. (…).

Gérard Delorme
2
Critique Jeudi 11 Janvier 2007 3:34:00 pm

L’eau qui transforme les images et les sons et crée un autre monde, sourd au réel et protégé de l’extérieur : cette eau-là, l’Argentine Veronica Chen fait mieux que la filmer, elle nous la rend familière et sensible à l’image et au son. Cette histoire de passation de pouvoir, entre un nageur débutant et un ex-champion, au cours du mythique marathon Santa Fe-Coronda , manque un peu de corps, mais l’âme y est : elle flotte.

Isabelle Danel
4
Critique Jeudi 11 Janvier 2007 3:32:00 pm

On a beau lutter, se dire que l’on déteste ce genre de mélo-avec-des-gosses qui pratiquent le chantage à l’émotion, ces films à la morale sirupeuse (mieux vaut être riche que fauché) : A La recherche du bonheur finit par terrasser le spectateur le plus cynique. (…) L’atout du film, c’est évidemment Will Smith, qui fait la loi et s’impose comme le chaînon manquant entre Eddy Murphy et Denzel Washington.

Gael Golhen
0
Critique Jeudi 11 Janvier 2007 3:30:00 pm

Incarnation de l’esprit joyeusement foutraque et libidineux des années 70, le Belge Picha a imaginé une parodie trash/cul du conte des frères Grimm, comme un écho à son plus grand succès, Tarzoon, la honte de la jungle (75). Le Prince Charmant y est un coureur de jupons toujours puceau; les nains, rebaptisés Schlingueur, Branleur, j’en passe, des obsédés du cul. Le reste est à l’avenant… Problème. Cet « humour » apparaît d’autant plus daté que Shrek est passé par là, dynamitant avec succès les codes du genre tout en restant accessible aux enfants.

Christophe Narbonne
4
Critique Jeudi 11 Janvier 2007 3:22:00 pm

Parce qu’il a toujours été beaucoup moins idiot qu’on ne voulait nous le faire croire, Stallone sait pertinemment que ce sixième Rocky part avec un sérieux handicap. Un boxeur de soixante ans qui remonte sur le ring pour se prouver qu’il n’est pas encore mort? Absurde. C’est pour cela que le véritable sujet du film est ailleurs: dans l’autre combat, hors du ring, qui oppose un homme aux ravages du temps. Sly fait sa crise de la soixantaine sur grand écran, règle ses comptes avec Hollywood, et prouve qu’il faut encore compter avec lui. (…).

Mathieu Carratier
4
Critique Jeudi 11 Janvier 2007 2:44:00 pm

Will Smith joue pour la première fois avec son fils à l’écran : népotisme ou duo bouleversant ? Pas question d’accuser Will de fierté paternelle exacerbée car le tandem avec Jaden Smith, son petit garçon dans la vie, fonctionne à merveille. La star hollywoodienne et son fils font preuve d’une sincérité et d’une aisance extrêmement touchante. Ils parviennent à transmettre réellement l’esprit du rêve américain et, grâce à leur complicité, l’histoire (vraie !) de ce jeune black qui sombre dans la misère avant de se réinventer en trader devient la chronique de l’amour d’un père pour son fils.

Eve Gimenez
3
Critique Mercredi 07 Février 2007 2:10:00 pm

Un divertissement familial carré, dont l’efficacité sera proportionnelle au nombre de dents de lait qu’il vous reste ou à votre capacité à rire devant un concours de baffes opposant un adulte à un singe capucin incontinent. Nouveau soldat de fortune du kids movie hollywoodien, Shawn Levy assure le minimum, se reposant sur une impressionnante galerie de seconds rôles (Ricky Gervais, Owen Wilson, Steve Coogan, Williams) pour arracher le quota de sourires à un spectateur qui se demande où est Joe Dante quand on a besoin de lui…

Mathieu Carratier
4
De Ghislain0, le mercredi 10 janvier 2007 12:01:00

Les vertus documentaires d'Indigènes, indéniables, s'adressent à nos consciences. Rachid Bouchareb l'a voulu ainsi. Il l'a écrit, le montre et le revendique. Pour cela, le film déborde du cadre du cinéma. N'empêche. Indigènes est d'abord un film de guerre digne, tourné de façon spectaculaire. Avec des personnages forts, compagnons d'armes réunis pour des motivations différentes auxquels on s'attache immédiatement. Ils ont leurs propres fragilités, leur foi et leur courage pour nous convaincre. Ils ont aussi des comédiens formidables à leur service.

Ghislain Loustalot
4
Critique Mercredi 10 Janvier 2007 11:59:00 am

Pour son second film après le succesfull Se souvenir des belles choses (02), Zabou Breitman, avec un beau culot et une délicatesse aiguë, sonde les troubles de ses personnages, leurs ambiguïtés trop longtemps enfouies, leurs frustrations morales et sexuelles. Ambitieuse sur le fond thématique de son beau projet, la cinéaste brusque également la forme de son film. (…) (Malgré des) défauts épars sont peut-être la rançon à payer pour cette fiction audacieuse, gonflée et émouvante qui prend des risques et, à tout point de vue, bouscule...

Olivier de Bruyn
3
Critique Mercredi 10 Janvier 2007 11:35:00 am

C’est un rythme particulier que celui du polar à la française. Le nouveau film de Régis Wargnier fait immanquablement songer à Cette Femme-là de Guillaume Nicloux ou à Agents secrets de Frédéric Schoendoerffer. Loin des superproductions hollywoodiennes faisant la part belle à l’action, le polar made in France est aussi (surtout ?) un film d’ambiance. Le temps se dilate et s’étire autour de cette traque tranquille d’un serial killer.

Jean-François Morisse
3
Critique Vendredi 05 Janvier 2007 5:48:00 pm

Le film, réalisé par l’auteur de Creep mélange avec un bonheur inattendu deux ingrédients habituellement incompatibles: l’horreur et l’humour. Après un démarrage poussif, le récit décolle vraiment lorsque les personnages se dévoilent en libérant leurs fantasmes. Puis, l’horreur se déchaîne, par surprise, sans retenue ni discrimination. L’humour est cru et ne sert aucunement à rétablir un quelconque équilibre: il s’ajoute à l’excitation, qui va crescendo jusqu’à un climax stupéfiant. Un pur plaisir coupable.

Gérard Delorme
3
Critique Vendredi 05 Janvier 2007 5:44:00 pm

Aux antipodes du très hollywoodien L’Exorcisme d’Emily Rose (Derrickson, 05), qui s’inspirait des mêmes événements, ce film retrace avec une rigueur quasi clinique le cas d’une jeune Allemande morte d’épuisement dans les années 70, après avoir subi une séried’exorcismes pour soigner ce qui, au départ, n’était que de l’épilepsie. Un environnement
fortement religieux, ajouté à un contexte familial étouffant, a probablement favorisé la psychose de ce personnage incarné avec un réalisme douloureux par l’impressionnante Sandra Hüller.

Gérard Delorme
3
Critique Vendredi 05 Janvier 2007 5:43:00 pm

Nous sommes à Glasgow où tout est triste et gris, et l’humeur de Jackie, jeune femme solitaire qui travaille dans un centre de surveillance vidéo, est au diapason. Un jour, pourtant, dans l’écran relié à l’une des caméras pointées sur Red Road, quartier pauvre de la ville, un personnage la fait soudain sursauter. De spectatrice, elle devient actrice, se mettant à filer le jeune homme roux, l’approchant de plus en plus … De cette vie en morceaux, la réalisatrice fait la pièce maîtresse d’un polar de l’âme.

Isabelle Danel
3
Critique Vendredi 05 Janvier 2007 5:42:00 pm

Une vague de suicides étranges s’abat sur un campus américain. Et si les réseaux de communication avaient ouvert un passage permettant aux morts de venir nous arracher
ce qu’ils n’ont plus, la vie? Ce serait difficile à avaler, on vous l’accorde. Mais passé le scénario faiblard, Pulse déploie suffisamment de tension et d’arguments visuels pour vous coller au fauteuil. Dans le genre, c’est déjà énorme.

Mathieu Carratier
4
Critique Vendredi 05 Janvier 2007 5:34:00 pm

Djamshed Usmonov signe un film ultra-singulier qui sonde la condition mâle, ses incertitudes, ses ridicules, ses faux-semblants. Le mystère et l’inconnu féminin obsèdent le personnage. (…) Sur la carte esthétique du cinéma, Usmonov pointe quelque part entre Tsai Ming-Liang et Darejan Omirbaev (La Route) (…) Le Tadjik, déjà repéré pour L’Ange de l’épaule droite, épouse la perception de son protagoniste aussi aimanté qu’effrayé par les filles offertes à son regard sinon à son corps. Il le suit dans sa quête désordonnée et essentielle.

Olivier de Bruyn
3 Critique Vendredi 05 Janvier 2007 5:24:00 pm

Après avoir recueilli la petite fille de sa sœur hardeuse morte d’overdose, un prêtre fou de rage remonte la piste d’un réseau de pornographes. Alternant prises de vues en vidéo (pour le passé) et animation (pour le présent), le film dénonce l’exploitation des travailleurs du sexe quel que soit leur âge. Mais l’auteur se tire une balle dans le pied en montrant des images d’ultraviolence qui ne sont pas moins condamnables que celles qu’il prétend dénoncer.

Gérard Delorme
3
Critique Vendredi 05 Janvier 2007 5:21:00 pm

«Aujourd’hui, on n’est pas des putes, on est des princesses!», dit l’une. Et les deux amies, ce soir-là, ne font pas payer les galants qu’elles ont levés en boîte. Le reste du temps, c’est la galère pour Caye et Zulema: la première est chez elle, à Madrid, mais comme en fraude puisque sa famille ignore ce qu’elle fait; la seconde est déracinée et ne pense qu’à rentrer en République dominicaine pour retrouver les siens. Après Les Lundis au soleil (03), Fernando León De Aranoa dessine un autre portrait des petits, des obscurs et des sans-grade.

Isabelle Danel
2
Critique Vendredi 05 Janvier 2007 5:19:00 pm

Attention, les queers débarquent au cinéma! Poltergay raconte comment une brigade de cinq fantômes homos relooke et réforme, avec force piaillements, un hétéro de base (Cornillac, très bien) que sa femme vient de quitter (Julie Depardieu, très bien aussi)… Boosté par un pitch débile, Lavaine en fait des tonnes dans le fourre-tout kitsch, le n’importe quoi visuel et l’humour gay. C’est infiniment plus sympa que les films d’Aghion; plus drôle, c’est une affaire de goût.

Gael Golhen
3
Critique Vendredi 05 Janvier 2007 5:18:00 pm

Producteur à succès, Peter Chan revient à la mise en scène avec cette coproduction à vocation internationale. Sur fond de tournage d’une comédie musicale dans les studios de Shanghai se dessine progressivement un ménage à trois entre l’acteur hong-kongais, la star chinoise et le réalisateur.

Gérard Delorme
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Critique Vendredi 05 Janvier 2007 5:16:00 pm

Tourné en dix-sept jours, essentiellement à l’impro, Pardonnez-moi, film-happening, ne s’encombre d’aucun vernis. Il tient de l’investigation, du crachat, du travail de deuil et du poing brandi. Il avance à la va-comme-je-te-pousse, parfois complaisant, souvent dérangeant, extrêmement violent mais toujours indocile: Maïwenn filme les brûlures, les éclats, la tiédeur ne l’intéresse pas. Portée par des comédiens qui ne s’épargnent pas – et qu’elle n’épargne pas –, la réalisatrice se met en danger.

Sophie Grassin