Goldfinch affiche
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Le Chardonneret

Pas évident, Le Chardonneret, à plus d’un titre : pas évident de résumer l’épais bouquin de Donna Tartt et pas évident non plus de l’adapter au cinéma. John Crowley, d’habitude plutôt doué (Boy A qui a révélé Andrew Garfield, le tendre et coloré Brooklyn avec Saoirse Ronan) s’y est cassé les dents. Le Chardonneret est le récit étalé sur quinze ans de la vie de Theo, treize ans, qui vole un tableau de maître au MoMa après un attentat où sa mère trouve la mort.

Sylvestre Picard
4 L'autre Cristobal

On savait déjà que la révolution cubaine avait permis au début des années 60 ce somptueux objet cinématographique qu’est Soy Cuba de Mikhail Kalatozov, coproduction russo-cubaine censée représenter la patrie de Castro à Cannes. Et voici que débarque sur nos écrans ce Cristobal réalisé quasiment au même moment (1962) par le Français Armand Gatti avec également l’aide de l’institut du cinéma cubain. Il en résulte une fable visionnaire en noir et blanc où le suicide d’un dictateur d’un pays imaginaire transformé en volatile va avoir des répercussions jusqu’au Paradis.

Thomas Baurez
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Ad Astra

On pourrait envisager la filmographie entière de James Gray comme une reformulation de l’oeuvre de Francis Ford Coppola.

Frédéric Foubert
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Lucky day

Red, un perceur de coffres à la coule, sort de prison pour retrouver sa compagne et sa fille. Mais Luc, un tueur psychopathe français adepte des armes lourdes, est sur sa trace. Tarantinade plutôt divertissante à la recette bien connue (casting surbrillant, ultraviolence, tentative continue de battre le record de prononciation du mot « fuck » et surf music), Lucky Day ressemble toutefois plus au nouveau film du réalisateur de Killing Zoe qu’au grand come-back du réalisateur de l’immense Les Lois de l’attraction.

Sylvestre Picard
affiche un jour de pluie à New York
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Un jour de pluie à New York

On a bien cru qu’on ne le verrait jamais. Suite au mouvement #MeToo et à la résurgence des accusations de Dylan Farrow contre son beau-père Woody Allen, Amazon Studios, producteur et distributeur des trois derniers opus du réalisateur, avait choisi, début 2018, d’annuler purement et simplement la sortie d’Un jour de pluie à New York aux États-Unis. Le reste du monde – enfin, celui qui avait acheté les droits du film – n’était cependant pas concerné par cette décision dictée par une forme de prudence, elle-même conditionnée par un contexte américain très particulier.

Christophe Narbonne
AFFICHE
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Trois jours et une vie

L’ouverture de Trois Jours et une vie est saisissante : dans un Scope renversant (« carpenterien »), Boukhrief pose son décor. Une forêt dense et profonde qui ressemble à un décor maléfique de conte de fées. Et puis, la caméra et l’action descendent au niveau des hommes et on découvre un petit village des Ardennes, ses habitants, sa topographie. Et cet enfant qui va vivre son pire cauchemar. L’histoire est celle d’Antoine, un gamin de 12 ans qui, dans un accès de rage, s’énerve contre un de ses amis, lui envoie un bout de bois pour le faire déguerpir et le tue par accident.

Gael Golhen
portrait de la jeune fille en feu
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Portrait de la jeune fille en feu

Mai 2019 restera à part dans la carrière de Céline Sciamma. Douze ans après son premier long métrage, Naissance des pieuvres, découvert à Un certain regard, elle a connu sa toute première sélection en compétition cannoise avec Portrait de la jeune fille en feu. Un baptême toujours stressant mais qui s’est déroulé ici de la plus radieuse des façons, l’accueil enthousiaste de la projection officielle ayant trouvé un écho idoine dans celle réservée à la presse.

Thierry Chèze
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Edith, en chemin vers son rêve

En Angleterre, la vie commence à 80 ans. Le cinéma britannique n’aime rien tant que mettre ses personnes âgées au centre d’aventures rocambolesques. Pour rendre hommage à leur reine sans doute... Ainsi, après la bande de retraités d’Indian Palace partis finir leur vie en Inde, voici Edith, une octogénaire qui a sacrifié la sienne à son mari acariâtre. À la mort de ce dernier, elle décide enfin d’entreprendre un rêve fou : l’escalade du mont Suilven en Écosse.

Sophie Benamon
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De sable et de feu

Au début du XIXe siècle, un aventurier et inventeur espagnol est chargé par le roi de renverser un sultan en se faisant passer pour un prince arabe. Il croisera en chemin une séduisante aristocrate anglaise, amenée elle aussi à connaître un destin hors normes. Serait-ce la troublante ressemblance de l’acteur principal, Rodolfo Sancho, avec Michaël Youn (quand il est barbu) ? La musique guimauve omniprésente qui surligne les envolées mélodramatiques ? Le côté dépliant touristique de chaque décor (le film a bénéficié du soutien du Maroc) ? Les fondus enchaînés d’un autre âge ?

Christophe Narbonne
AFFICHE
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Ma folle semaine avec Tess

Adaptation d’un livre pour la jeunesse, ce premier film raconte un été pas comme les autres. En vacances sur une île néerlandaise, Sam, 11 ans, rencontre Tess, boule d’énergie animée de mystérieuses intentions, notamment envers un couple à qui elle a fait « gagner » un séjour sur l’île. Ah, l’été, le soleil, la plage, les premiers émois amoureux... Littérature et cinéma regorgent de fictions dédiées à ce moment particulier de l’existence propice au lâcher-prise et à la quête de sensations nouvelles. Autant le dire d’entrée : Ma folle semaine avec Tess ne révolutionne pas le genre.

Christophe Narbonne
GALERIE
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Les fleurs amères

Ce premier long métrage d’Olivier Meys propose une vision inédite sur l’immigration chinoise. Dans le nord-est de la Chine, le Dongbei, région longtemps prospère, Lina rêve d’un futur plus radieux pour sa famille. Elle entend dire que ses compatriotes, très appréciées pour leur mandarin parfait, trouvent facilement un travail de nourrice à Paris auprès de familles chinoises. Elle s’envole alors vers la capitale française. Mais rien ne va se passer comme prévu.

Sophie Benamon
AFFICHE
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Nous, le peuple

Après les passionnants Les Arrivants (sur les demandeurs de droit d’asile) et Les Règles du jeu (sur des demandeurs d’emploi), le duo Bories-Chagnard poursuit son état des lieux acéré de notre pays en s’intéressant à la crise de la démocratie. Tourné avant le début du mouvement des Gilets jaunes, ce documentaire prend un relief particulier aujourd’hui.

Thierry Chèze
AFFICHE
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Une joie secrète

Après les attentats de Charlie Hebdo, la chorégraphe Nadia Vadori-Gauthier se fixe pour objectif de danser une minute par jour et de partager son expérience sur Internet. Jérôme Cassou suit ses pérégrinations à travers Paris dans un documentaire alternant danses, making-of et témoignages souriants de la danseuse ou de ses acolytes. Mais, malgré un sujet constamment en mouvement, le film reste assez figé et ses plans sont moins réfléchis que les vidéos postées par la danseuse. Et ce ne sont pas les réflexions philosophiques, pourtant intéressantes, qui sauvent le spectateur de l'ennui.

Joanna Mutton
GALERIE
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Jeanne

Après le dissonant Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc, voici Jeanne. Toujours Charles Péguy, toujours Bruno Dumont et toujours Lise Leplat Prudhomme, 10 ans, dans le rôle de la pucelle d’Orléans, qui a bien grandi en deux ans. Sur les dunes du Nord battues par les vents, la guerre de Cent ans est montrée dans un parfait dépouillement. L’histoire est certes connue. Au cinéma peut-être plus qu’ailleurs. Le geste de Dumont est de coller au plus près à la prose de Péguy pour mieux la remodeler. Il a raison : sa Jeanne est pleine de grâce.

Thomas Baurez
AFFICHE
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Tu mérites un amour

Une jeune femme peine à se remettre de l’infidélité de son petit ami. Pour son premier long métrage de cinéaste, Hafsia Herzi a choisi un sujet a priori usé jusqu’à la corde. Mais il faut toujours se méfier des apparences... Découverte à la Semaine de la critique, l’histoire se vit intensément au rythme des montagnes russes émotionnelles de son héroïne, incapable de faire le deuil de cet amant toxique et prête à tous les subterfuges, surtout les plus iconoclastes (faire appel à un marabout... ami de Carla Bruni !), pour que ce serial lover revienne.

Thierry Chèze
AFFICHE
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L'Insensible

Dans Zoologie, son précédent film, Ivan I. Tverdovsky décrivait une femme ordinaire affublée d’une queue et qui entamait une relation toxique avec un fétichiste. Drôle de film qui finissait par tourner en rond. Rebelote avec L’Insensible, portrait d’un ado atteint d’une maladie le rendant insensible à la douleur. Sa mère, qui l’a abandonné à la naissance, revient le chercher pour l’utiliser dans le cadre d’une arnaque bien rodée : Denis se jette sur des voitures pour faire chanter les conducteurs avec la complicité de l’appareil judiciaire entier...

Christophe Narbonne
AFFICHE
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Deux Moi

À ses débuts, dans les années 90, Cédric Klapisch célébrait joyeusement les vertus du vivre-ensemble, à même de transcender les clivages de toutes sortes. Vingt-cinq ans plus tard, l’utopie communautaire semble avoir vécu. C’est du moins ce que semble raconter Deux moi, portrait tout sauf béni-oui-oui de la génération Tinder, dans lequel le réalisateur de L’Auberge espagnolefilme deux solitudes, celles de Mélanie et Rémy, en quête de sens et d’amour, qui vivent côte à côte sans le savoir dans des immeubles mitoyens.

Christophe Narbonne
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tempo comun

Le docufiction a le vent en poupe depuis quelques années – le succès de Shéhérazadeen est un exemple récent. Souvent centré sur des communautés bien typées, le genre s’aventure peu dans le domaine de l’intime, voie choisie par Susana Nobre, qui décrit ici le quotidien banalement répétitif d’une jeune maman : tétées, bercements, siestes, conversations assez neutres avec le papa ou des gens de passage (famille et amis)... Tout est vrai et faux en même temps, la mère en question et ses proches étant filmés dans leur environnement naturel mais récitant des dialogues écrits.

Christophe Narbonne
AFFICHE
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Music of my life

Depuis Joue-la comme Beckham, en 2002, Gurinder Chadha n’a pas vraiment confirmé les espoirs placés en elle. Est-ce un hasard si son nouveau film reprend peu ou prou la structure de sa comédie initiatique à succès ? Il est de nouveau question d’un jeune Anglais d’origine indo-pakistanaise déterminé à s’extraire de son milieu étouffant en s’adonnant à une activité de « Blancs » – le foot féminin dans Joue-la comme Beckham, l’écriture dans Music of my Life.

Christophe Narbonne
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Mjölk, la guerre du lait

Découvert voilà quatre ans avec l’excellent Béliers, Grímur Hákonarson pose de nouveau sa caméra dans la campagne islandaise et raconte le combat d’une femme seule contre tous ou presque. Une agricultrice qui, en reprenant l’exploitation laitière familiale après la mort brutale de son  mari, entre en guerre contre le monopole abusif et quasi mafieux imposé par une coopérative. Celle-ci prive les agriculteurs de toute indépendance tout en leur assurant le minimum vital qui les dissuade de se rebeller.

Thierry Chèze
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Ca marche !?

Il faut vraiment être féru de politique pour s’intéresser à la campagne pour les élections européennes de La République en marche, objet du nouveau documentaire de Camille de Casabianca. Neuf ans après C’est parti, qui racontait la naissance du NPA d’Olivier Besancenot, la réalisatrice enregistre sur le vif les réunions locales un peu brouillonnes, les porte-à-porte humiliants, les débats internes plus ou moins agités...

Christophe Narbonne
AFFICHE
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The Bra

Dans un quartier pauvre de Bakou en Azerbaïdjan existe une voie ferrée qui passe entre les maisons. Et quand le train arrive, les habitants rangent tables et fils à linge à toute vitesse. Pour Nurlan, le conducteur du train (Miki Manojlovic), c’est chaque jour une épreuve et un plaisir. Lors de son dernier voyage, la veille de sa retraite, sa locomotive emporte un soutien-gorge bleu. L’homme en mal d’amour va alors, tel le prince charmant de Cendrillon, se mettre en quête de la poitrine qui le portera le mieux.

Sophie Benamon
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Liberté

Au dernier Festival de Cannes, pendant qu’Abdelatif Kechiche enfermait ses personnages dans une boîte de nuit le temps de son long Intermezzo, Albert Serra faisait à peu près la même chose dans la salle d’à côté. Autre piste, même ambiance ? Pas vraiment. Dans la nature, mais bel et bien prisonniers du cadre, ses libertins chassés de la cour de Louis XVI se retrouvaient en carafe dans un sous-bois. Ici, chacun et chacune s’adonne aux jeux d’une sexualité plus ou moins passive mais sans tabou. Ils se choisissent, s’observent, s’échangent.

Thomas Baurez
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Les hirondelles de Kaboul

Au départ, il y a le best-seller de Yasmina Khadra, paru en 2002. Un brûlot qui dénonçait l’obscurantisme à l’œuvre du temps des talibans, en Afghanistan, véritable laboratoire de l’intégrisme religieux qui s’est répandu au Moyen-Orient comme une traînée de poudre au tournant du siècle. L’écrivain algérien y décrivait le quotidien dramatique de deux couples : celui formé d’un côté par un gardien de prison (Atiq, un ancien moudjahidine) et sa femme malade (Mussarat), de l’autre par deux jeunes idéalistes (Mohsen et Zunaira) contraints au silence et à l’invisibilité.

Christophe Narbonne
affiche Viendra le feu
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Viendra le feu

Oliver Laxe aime la nature, du moins se repose-t-il sur elle pour essayer d’en puiser la part sacrée. Dans Mimosas, le Haut Atlas marocain devenait un territoire mythologique. Le même ensorcellement ne tarde pas à se mettre en place dans Viendra le feu, où des plans de nuit d’une forêt majestueuse mettent d’emblée le spectateur face à plus grand que lui. La main de l’homme ne tarde pas à briser cette nature souveraine. Dans un raccord parfait, on distingue bientôt un épais dossier qui circule de main en main.

Thomas Baurez
AFFICHE
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Le mariage de Verida

« Tais-toi... et mange ! » pourrait être le sous-titre de ce premier long métrage qui met en scène le quotidien étouffant d’une jeune esthéticienne mauritanienne à qui sa mère annonce qu’elle lui a trouvé un mari. Et qu’elle doit avant le jour J sacrifier à une tradition séculaire, celle du gavage, afin de prendre du poids pour plaire à son promis. Le Mariage de Verida raconte la révolte de cette jeune femme – prise entre son désir de liberté et son refus de manquer de respect à sa famille – contre cette union forcée et ses dommages collatéraux.

Thierry Chèze
AFFICHE
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River of grass

La réalisatrice américaine Kelly Reichardt a été révélée en France en 2006 par Old Joy. Mais onze ans auparavant, elle avait signé ce premier long, resté inédit dans nos salles jusqu’à ce que le distributeur Condor répare aujourd’hui cet oubli. Remarquable de maîtrise dans la conduite de son récit et de puissance jamais écrasante dans sa mise en scène, River of Grass pose les bases des futurs Wendy & Lucy ou La Dernière Piste : un personnage féminin fort, une direction d’acteurs au cordeau, un sens aigu du réalisme rugueux et le refus de tout sentimentalisme.

Thierry Chèze
AFFICHE
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Fête de famille

La maison de campagne familiale est un cliché du cinéma français. Au cœur des vacances, une famille bourgeoise s’aime et se déchire le temps d’un climax cathartique tellement prévisible que le spectateur attend les yeux mi-clos que les assiettes volent entre l’aîné banquier et le cadet intermittent du spectacle. Avant ça, nous aurons eu l’arrivée, l’installation et les petites douceurs en guise d’amuse-gueule. Cédric Kahn met ici les pieds dans le plat et entend dynamiter de l’intérieur l’exercice façon Dogme période Festen.

Thomas Baurez
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Apollo 11

C’était il y a cinquante ans. Et pourtant les images semblent dater d’hier. Le réalisateur Todd Douglas Miller propose avec Apollo 11 le documentaire ultime sur la mythique mission. Composé en partie d’images inédites en couleur retrouvées par hasard dans le stock des archives nationales parmi des bandes de 16, 35, 65 et 70 mm, le film offre aussi un nouveau regard sur un événement archi connu. La numérisation et la restauration exceptionnelle de l’ensemble donnent à ce documentaire une sensation d’inédit.

Sophie Benamon
La vie scolaire
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La Vie scolaire

À Première, Patients nous avait bluffés. Pour leur premier film, Grand Corps Malade et Mehdi Idir combinaient avec maestria sens de la vanne, caractérisation subtile, humanisme discret et mise en scène soignée. Sur tous ces plans, La Vie scolaire séduit à son tour, l’effet de surprise en moins. En choisissant un genre balisé – le film d’école –, les deux larrons n’ont pourtant pas opté pour la facilité. Leur bonne idée ?

Christophe Narbonne