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Si le film-adieu à Wolverine est réussi, c’est qu’il doit beaucoup au grand Clint. La preuve par cinq.

On a tout dit sur les influences de Logan – de Mad Max à L’Homme des vallées perdues ou Little Miss Sunshine (mais si : enfant + road trip + famille dysfonctionnelle + drogue !). Ou presque. Car la vraie matrice du dernier Wolverine est ailleurs : Logan est un juke box rutilant qui compile toute la filmo de Clint Eastwood. Et c’est pour ça que le film est grand.

Notre critique de Logan

Le lien entre Clint Eastwood et Serval est connu : le run spectaculaire de Mark Millar (Old Man Logan), source d’inspiration principale de James Mangold pour son Logan, était plus qu’influencé par la filmo de Clint. « L’ouverture où l’on voit que Wolverine n’a pas sorti ses griffes depuis 50 ans est un hommage à Bill Munny dans Impitoyable » déclarait Millar à la sortie de son comics… L’ombre d’Eastwood plane donc sur Logan de manière subliminale. Subliminale ? Pas que : si Mangold a publiquement reconnu s’être inspiré d’Impitoyable, le film reproduit, consciemment ou non, les tropes essentiels de la filmographie d’Eastwood. La preuve par cinq.

1/ L’Epreuve de force

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L’histoire de Logan s’abreuve principalement à deux chefs-d’œuvre eastwoodiens. Logan s’ouvre sur une paire de chaussures qui sort d’une bagnole et frappe le bitume d’une manière peu assurée. C’est Logan qui s’extraie, vieux et à moitié comateux. Au plan près, l’ouverture de L’Epreuve de Force. Dans ce film de 1977, Clint malmenait son personnage de flingueur ultra-violent. En reprenant un vieux projet écrit pour Steve McQueen et Barbra Streisand, Eastwood transformait un actioner lambda en film méta incandescent, incarnant un flic un peu bas du front et porté sur la bouteille chargé de protéger une femme de la mafia… Déconstruction du héros eastwoodien, B violent et asséché comme les meilleurs film noirs 70s, L’Epreuve de force est le blueprint de Logan puisque Wolverine est chargée, contre son gré, de protéger une fillette et de l’amener en sureté ; depuis sa première image jusqu’à la fin christique, ce road movie avec stations symboliques (la rencontre avec les fermiers, la station-service, …) est infusé de la grandeur de L’Epreuve de force.

2/ Honkytonk Man

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Un dur à cuire au volant d’un pick up, qui tousse jusqu’à s’arracher les poumons et conduit un vieillard un peu fou et un ado intenable à travers les Etats-Unis ? En évitant les flics, en s’arrêtant dans les bars (la passion de Wolvie) et en célébrant les white trash ? Non, il ne s’agit pas de Logan, mais de Honkytonk Man, une pépite de la face B eastwoodienne, célébration de l'Ouest bottleneck, des antihéros et de l’americana éternelle (comme Logan surtout dans sa deuxième partie). Un film magnifique, mal connu, qui explique en partie l’aura mélancolique et crépusculaire de Logan qui reprend son canevas de récit d’initiation. On peut même se demander si Eden, l’asile des enfants après lequel court le héros griffu, n’est pas l’équivalent du Grand Ole Opry (le temple de la country où le personnage d’Eastwood veut se rendre pour passer une audition).

3/ Impitoyable

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Autres « emprunt » évident : la scène de l’enterrement d’Impitoyable (Oscar du meilleur film en 1993) citée telle quelle dans un des très beaux moments du film de Mangold. Et toute la séquence avec la famille de fermiers qui fonctionne comme un miroir de la vie qu’aurait pu (dû ?) avoir Logan fait évidemment référence à la vie que menait Munny avant qu’on tue sa femme, bien avant qu’il ne reprenne les flingues… « J'ai tué des femmes et des enfants. J'ai tué à peu près tout ce qui marche ou rampe, à un moment ou à un autre. » La phrase claque comme un coup de fouet dans la bouche d’Eastwood mais s’applique aussi très bien au Serval de Mangold.

4/ Million Dollar Baby

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Si la transmission (ou le refus de transmettre) fut l’un des thèmes central de la filmo d’Eastwood, c’est dans Million Dollar Baby que s’incarne le mieux ce sujet. La relation contrariée, conflictuelle avant d’être apaisée entre le vieux Dunne et la jeune Maggie fait écho à celle de Logan et Laura (la gamine mutante). Mais c’est plus que ça : dans sa manière de filmer, Mangold retrouve parfois le ton eastwoodien, ce glacis funèbre, cette absence de profondeur, cette volonté de faire un film lisse, un film au passé, un film qu’on dirait raconté, légendaire… Ce qui frappe dans MDB et qu’on retrouve dans Logan c’est l’impression d’être face à une histoire très simple, une histoire très vieille, racontée dans l'ombre. MDB et Logan sont au fond deux films mystiques, mais sans Dieu ; ou plutôt des films où les Dieux auraient quitté la scène le temps de laisser les humains se débrouiller… Deux grands films à la fois humanistes et réactionnaires.

5/ Josey Wales

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La vraie référence de Mangold semble être en réalité Josey Wales. Parce que cette traversée sauvage de l’Ouest accomplie par Clint pour venger le massacre de sa famille s’abîme progressivement dans une certaine répugnance à donner la mort (comme ce Logan où la violence se fait de plus en plus à contrecœur) et surtout parce que s’y déploie déjà l’humanisme las des grandes œuvres à venir. Comme Logan, la beauté du film d’Eastwood tient au traitement du personnage : un héros plus vraiment vivant mais pas complètement mort. Un cowboy fantôme qui déambule dans l’Ouest, hanté par les visions de son autre vie, traînant dans son sillage une famille recomposée qui voit en lui la promesse de lendemains meilleurs. Road movies kaléidoscopiques, Josey Wales et Logan contiennent toutes les formes de cinéma qu’Eastwood pratiquera et que Jackman a déjà incarnées. Si Mangold s’inspire d’Eastwood, ce n’est pas (seulement) parce qu’il est un réalisateur eastwoodien ; c’est parce que Wolverine est un personnage eastwoodien. Rebelle, passeur, anti-héros et ciment d’une (post ?)humanité en construction…

Logan : Eater eggs, clins d'oeil et références

Logan de James Mangold est toujours dans les salles. Bande-annonce :